Doit-on féliciter les enfants ?

Une question tout à fait légitime que se posent nombre de parents et professionnels de l’éducation qui veulent accompagner les enfants au mieux, les aider à construire leur confiance et leur estime d’eux-mêmes. A juste titre. Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler de ce sujet, avec le regard de la montessorienne que je suis.

En effet, dans la pédagogie Montessori, nous ne félicitons pas les enfants. Pourquoi ? Et comment faire autrement ? Pistes de réponse ici.

Qu’est-ce que féliciter réellement ?

Avant toute chose, j’aimerais poser cette question. De quoi parlons-nous lorsque nous abordons le sujet des félicitations ? Féliciter son enfant (bravo ! super ! génial ! il est magnifique ce dessin !) est le fait de lui donner son avis personnel sur quelque chose qu’il a fait ou même sur sa personne. Ces commentaires « positifs » sont la projection de nos propres valeurs, désirs, attentes. Nous pensons donner un feed-back ou encore encourager l’enfant. Mais la réalité est toute autre. Les félicitations sont des jugements « positifs » sur l’enfant.

Quel est le problème avec le fait de féliciter un enfant ?

Le souci, c’est que comme il s’agit là d’un jugement (même positif), l’enfant prend l’habitude de faire référence à un cadre extérieur à lui pour savoir si ce qu’il fait ou dit est bien ou pas. En effet, de manière innée, l’enfant croira en la parole de l’adulte et prendra pour argent comptant ce qu’on lui dit. Il lui faudra attendre quelques années avant de pouvoir se défaire du jugement porté sur lui, pour se faire sa propre opinion (et même certains adultes souffrent encore de ce que peuvent penser les autres d’eux). Féliciter un enfant c’est donc donner son opinion personnelle, projeter sur l’enfant ses propres valeurs… et l’enfermer dans un jugement qui n’est pas le sien. Le problème à cela est double.

Quelles sont les conséquences de ces félicitations sur l’enfant ?

Tout d’abord, l’enfant aura du mal à s’auto-évaluer, c’est-à-dire faire référence à son cadre interne plutôt qu’à un cadre externe, car il attendra en permanence de savoir ce que l’autre pense de lui. On le voit bien, d’ailleurs, lorsque l’enfant se positionne « en attente » de voir ce que l’adulte va dire, en le regardant fixement. L’enfant aura du mal à se créer sa propre opinion, à discerner les choses, à voir ce qu’il faut améliorer de lui-même, mais également à détecter ce qu’il est déjà capable de faire, et de faire bien. L’enfant est tellement habitué à se faire juger en permanence que cela coupe beaucoup de sa connexion à son intuition et sa connaissance de lui-même.

La deuxième conséquence découle directement de la première : la dépendance au jugement et au regard de l’autre. Nous aurons donc tendance à éviter d’émettre des commentaires sur l’enfant, qu’ils soient « positifs » ou « négatifs », dans l’objectif de l’aider à se faire sa propre opinion, à se créer son jugement, à faire son auto-évaluation. L’auto-évaluation est une compétence qui s’acquière à force de pouvoir se corriger seul (grâce à un matériel adapté et un accompagnement en ce sens)… et d’encouragement !

Féliciter… ou encourager ?

En fait, le souci, c’est que bien souvent nous confondons félicitations et encouragements. Cela n’a pourtant rien de semblable. Si les félicitations étaient donc la projection de nos propres opinions et valeurs sur l’enfant, et avaient tendance à l’enfermer et le rendre dépendant, l’encouragement est l’expression de la confiance de l’adulte envers lui, et cela l’aide au contraire à grandir. Plutôt que de féliciter, la pédagogie Montessori nous invite à encourager l’enfant.

Encourager un enfant, c’est faire preuve de ce que Maria Montessori appelait l’optimisme pédagogique : cette certitude que l’enfant parviendra à réaliser les grands apprentissages de son développement. A son rythme, dans l’ordre qui sera bien pour lui, mais il y arrivera. Encourager un enfant, c’est lui faire comprendre que nous sommes persuadé qu’il parviendra à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés, quels qu’ils soient.

Voici 3 idées pour encourager plutôt que féliciter votre enfant :

  • Poser des questions, pour renvoyer l’enfant vers son ressenti et l’aider à émettre un avis personnel. A la place de « Il est beau ton dessin ! », lui demander : « Comment le trouves-tu ? », « As-tu eu plaisir à le faire ? ».
  • Témoigner de sa confiance avec le mot magique « encore » : « Oui, c’est vrai, tu n’y arrives pas encore, mais je sais que tu y arriveras ! ».
  • Décrire les réussites de l’enfant : « Tu t’es beaucoup entrainé et maintenant tu y arrives. Tu dois drôlement être fier de toi ».