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Il est joli ton dessin ! – Comment réagir sans commenter ?

Suite à mon dernier article (faut-il féliciter les enfants?), beaucoup d’entre vous m’ont répondu : et quid des dessins d’enfants ? Comment réagir quand bébéchou nous tend fièrement son dessin, attendant notre (parfois faussement) émerveillé « WAOUW, c’est MA-GNI-FIQUE ! ». D’autant que si vous avez lu mon article, vous saurez qu’il vaut mieux éviter ce genre de commentaire (et pourquoi).

Aujourd’hui, je vous parle donc de comment réagir face aux dessins de nos enfants. Je suis particulièrement touchée par ce domaine, étant personnellement très attirée par la peinture, l’histoire de l’art et tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, touche à l’expression créative. Cet article, je l’ai donc conçu de mon œil de montessorienne, mais aussi suite à ma formation avec Arno Stern, et son fameux « Jeu de peindre », qui m’a fait beaucoup me questionner sur la manière d’accueillir la trace de l’enfant.

« C’est beau? »

Cette question, posée par un enfant qui nous tend son dessin, est aussi fréquente que délicate.

Si nous disons oui, nous répondons à ce que nous croyons être un besoin de valorisation de l’enfant. Mais en répondant à cette question par oui ou par non, nous maintenons l’enfant dans la dépendance du jugement d’autrui sur sa production. Nous ne lui permettons pas de développer son propre point de vue, de faire confiance à son jugement, de se faire confiance.

Comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, il est alors important de lui proposer un questionnement plutôt qu’une réponse: « et toi, qu’en penses-tu? », « Et toi, es-tu content de ce que tu as fait? ».  En ramenant l’enfant à lui-même, nous l’aiderons à prendre confiance en lui.

Ces pistes sont assez couramment données dans les blogs d’éducation bienveillante. Elles sont très justes, je les donne également. Mais cela ne suffit pas. Car, en général, à ces questions précédentes, nous en ajoutons d’autres, telles que :

  • « Qu’est-ce que tu as dessiné ? »
  • « Tu as utilisé le rouge pour dessiner le ciel, pourquoi ? »
  • « Oh ! je vois que tu as représenté trois soleils ! »
  • « Et là, à côté de la maison, c’est quoi ? »

 

Crédit Photo Arno Stern

« Oh! Le joli soleil! »

Arno Stern explique très justement que tous les enfants passent par les mêmes expériences de tracé. Tous les enfants, peu importe leur environnement ou leur culture, et même les cultures « préservées » de la modernité, expérimentent les mêmes figures primordiales.

Parmi ces figures, il y a celle qu’Arno Stern appelle la « figure rayonnante ». Elle peut s’apparenter à un soleil, mais l’enfant n’est pas dans la conscience ou la volonté de représenter un soleil. Quand un enfant est préservé de commentaires sur sa trace, Arno Stern observe chez lui un passage au figuratif (le fait de dessiner des choses concrètes comme une maison, un personnage…) beaucoup plus tardif que lorsque nous nous exclamons : « Oh, le joli soleil ! ». En effet, avec ces commentaires descriptifs pourtant, l’enfant intègre que la trace est censée représenter quelque chose. Si en plus, il avait l’habitude d’en représenter plusieurs sur la même page et qu’on lui dise qu’un soleil, il n’y en a qu’un, ces commentaires vont petit à petit enfermer l’enfant dans une obligation de figuration, très stéréotypée en plus (le soleil en haut à droite). Il utilisera dans un premier temps le prétexte du soleil pour satisfaire son besoin de représenter des figures rayonnantes. Et peu à peu, son contact avec l’expression de ses nécessités internes s’effacera pour représenter ce que l’on attend de lui.

L’expérience plutôt que la trace

Crédit Photo Arno Stern

Ce qui compte, dans une ambiance Montessori, c’est l’expérience, le vécu de l’enfant. Ses résultats n’ont intrinsèquement pas beaucoup d’intérêt (nous observons d’avantage ses progrès, qui sont le résultat de l’adéquation de notre proposition pédagogique aux besoins de l’enfant). Ainsi, la trace de l’enfant devrait être totalement épargnée de tout commentaire, de tout jugement, de toute description, et même de tout regard. D’ailleurs, dans les ateliers de peinture créés par Arno Stern (qu’il appelle le « jeu de peindre », à l’intérieur d’un « Closlieu », un lieu sans fenêtre pour ne pas être distrait par l’extérieur), les peintures ne sortent jamais. Elles ne sont jamais soumises à un regard extérieur, même bienveillant. Pourquoi ? Pour être totalement libre, et que l’enfant puisse rester au contact de ses nécessités intérieures et construire son imagination, son monde intérieur… et sa confiance en lui.

 

Et s’il ne devait rester qu’une question, ce serait de savoir s’il a aimé faire ce dessin/cette peinture.

Pour découvrir le travail d’Arno Stern: www.arnostern.com

 

11 août 2017

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