J’aimerais vous raconter aujourd’hui l’histoire de la petite fille et de ses emboîtements cylindriques… ou comment Maria Montessori a découvert une chose incroyable !

Maria Montessori se trouvait en classe. En langage montessorien, nous disons une ambiance. Et une petite fille manipulait les emboîtements cylindriques, ces blocs de bois contenant 10 cavités de taille différente.
Une fois. Deux fois. Trois fois. Maria Montessori s’étonnait de l’assiduité de la petite fille. Quatre fois. Cinq fois. Six fois. Elle s’étonnait de la voir si concentrée, imperturbable. Sept fois. Huit fois. DIX FOIS.

Mais à présent, Maria Montessori était embêtée: il était l’heure de ranger, de quitter l’ambiance.
Comment vais-je faire? se disait-elle, alors qu’elle savait très bien que la concentration d’un enfant était sacrée et qu’il fallait éviter de l’interrompre.
Elle se décida à faire sonner le signal qui indiquait aux enfants qu’il était l’heure de ranger.
Avec le bruit des enfants, se dit-elle, elle sortira de son travail.
La trentaine d’enfants se mit à ranger… et rien, la petite fille restait tout aussi concentrée. Onze fois. Douze fois. Treize fois… VINGT FOIS…

Maria Montessori, de plus en plus embêtée quoi que fascinée, proposa aux enfants de se réunir pour chanter.
Avec le son des voix et de la musique, pour sûr, la petite fille remarquera qu’il est temps de ranger, se dit-elle.
Et bien, savez-vous quoi? Il n’en fut rien!

La petite fille continua ses répétitions, ses manipulations.
44 fois.
C’est le nombre de répétitions qu’il a fallu à la petite fille pour qu’elle estime qu’elle en avait assez du matériel.
44 fois, c’est incroyable, se dit Maria Montessori.

Et le plus incroyable, c’est ce que Maria Montessori découvrit lorsque la petite fille, après sa 44e répétition, leva la tête vers le reste du groupe…

 

Découvrez la suite de l’histoire

Maria Montessori put faire ce qu’elle voulait, inviter les enfants à ranger l’ambiance, chanter des chansons… rien n’y fit: l’enfant reprenait encore et toujours son bloc. La petite fille continua jusqu’à cet instant précis où elle leva les yeux, souriante, comme émergeant d’un songe. Elle rangea son matériel et continua sa journée. Comme si de rien n’était. Ou presque. Parce que Maria Montessori sut que rien ne serait plus pareil.
Maria Montessori venait de découvrir la polarisation de l’attention, ce phénomène extraordinaire qui permet à l’attention de se focaliser sur un objet particulier avec tellement d’intensité que rien ni personne ne peut nous sortir de cette extrême concentration. L’enfant est totalement plongé à l’intérieur de lui. Comme une étrange méditation.
Peut-être que vous avez déjà observé ce phénomène chez vos enfants, sans savoir ce que c’était exactement.
Maria Montessori a cherché à comprendre ce phénomène. Et elle a découvert quelque chose d’extraordinaire: non seulement cette intense concentration a le pouvoir d’ancrer très profondément les connaissances (c’est donc une grande aide pour l’enfant dans ses apprentissages), mais surtout, elle forge l’esprit et la personnalité de l’enfant.
Elle est allée plus loin en découvrant que la polarisation de l’attention est constituée de trois phases:

  • une phase de construction pendant laquelle la concentration est très fragile. Une interruption externe à ce stade, et c’est tout le processus qui s’arrête.
  • La phase intense, dont je vous parlais hier.
  • Et la troisième phase, celle qui intervient lorsque l’enfant se « réveille », et dans laquelle il montre beaucoup de sérénité, d’épanouissement et de bonheur.

De ses découvertes, Maria Montessori a conclu de l’immense importance de ne jamais interrompre la concentration d’un enfant, au risque de couper ce magnifique phénomène de la polarisation de l’attention. Elle en a dégagé des principes à respecter pour l’adulte éducateur, et des règles de vie dans l’ambiance:

  • L’adulte n’interrompt jamais un enfant qui travaille, de quelque manière que ce soit. Même si ce « travail » consiste à observer intensément une mouche ou un caillou.
  • La première phase pouvant être mouvementée et ressembler à un enfant qui se disperse, il est important de patienter quelques minutes avant d’intervenir. Soit l’enfant se calme spontanément, et en intervenant nous aurions cassé le processus de polarisation, soit il ne se calme pas, et alors nous avons toujours le loisir d’intervenir de manière bienveillante auprès de lui.
  • En tant qu’adulte, notre rôle est également de faire en sorte que les enfants ne s’interrompent pas entre eux, et respectent le travail des autres. Cela va du ton de la voix (chuchotement) à l’intervention directe d’un enfant auprès d’un autre qui travaille.
  • Eviter les annonces « globales », du style « les enfants à taaaaaable! » ou encore « qui veut aller dans le jardin? ». Les enfants qui travaillent sont interrompus dans leur concentration. Privilégier le fait d’aller vers chaque enfant individuellement (qui ne travaille pas) pour faire une annonce.
  • Quand c’est l’heure de ranger, préférer un code sonore, moins invasif. Une clochette, un bol tibétain, de la musique (toujours la même).
  • De manière générale, l’adulte devrait se demander si son intervention est absolument nécessaire, ou si l’enfant peut trouver une solution tout seul.

N’hésitez pas à commenter cet article et à poser vos questions ci-dessous 🙂

Victoria