Passage obligé pour beaucoup d’enfants, la rentrée scolaire est le signe d’une nouvelle année qui commence. Souvent, cela se passe bien. Parfois, un peu moins, et les enfants comme les parents se trouvent face à des difficultés plus ou moins grandes. Et quand c’est la première rentrée scolaire, ces difficultés peuvent parfois être des violences faites à l’encontre des enfants.

Voici un topo des 3 violences principales de la rentrée.

 

La « propreté »

Avec cette injonction de continence, certains enfants sont mis sous pression depuis le printemps. C’est également une éternelle question : « alors, pas encore propre ? », posée généralement devant l’enfant sur un air parfois moqueur.

Je n’aime pas ce mot de « propreté », cela sous-entend déjà que l’enfant est « sale ». Cela peut paraître « rien », mais les mots se gravent dans l’esprit de l’enfant, qui absorbe tout ce qui est dit autour de lui. Porter des couches ne veut pas dire que l’on est « sale », mais que l’enfant n’est pas encore en mesure de maitriser ses sphincters. C’est différent. Un autre regard, et une autre verbalisation, de la situation, permet déjà de l’aborder différemment et d’atténuer la connotation négative portée sur l’enfant.

De plus, cette quête de la continence amène beaucoup de stress pour le parent, mais aussi et surtout pour l’enfant. Ce stress est inutile, car la maîtrise des sphincters est à la fois une question physiologique et psychologique. Ce n’est pas en pressant un enfant d’être « propre » ou, pire, en enlevant brutalement la couche du jour au lendemain ou en laissant l’enfant toute la journée sur le pot, que cela marchera. Au contraire. Ces violences induites par le stress dû à la rentrée risquent fort de bloquer l’enfant et de lui provoquer un fort sentiment d’humiliation et de vexation.

Afin de passer à la continence sans stress et au rythme de l’enfant, nous pouvons lui présenter le pot ou les WC régulièrement mais surtout sans insister pour ne pas le bloquer, travailler sur nos propres attentes et notre propre stress pour éviter de les lui transmettre et considérer cette phase comme un apprentissage comme un autre (au demeurant, il est « normal » d’arriver à la continence, nous n’avons pas besoin de féliciter un enfant pour cela).

Selon les pays (au Luxembourg, c’est possible), nous pouvons laisser l’enfant à la crèche ou chez la nounou jusque 4 ans. Cela peut également être une solution pour éliminer le stress de la continence.

 

La séparation

Lorsque l’enfant va à la crèche ou chez la nounou, il est proposé aux familles une période d’adaptation. D’une à deux semaines, elle permet à l’enfant de s’habituer à ses éducateurs et son nouvel environnement. A l’école… rien (généralement). L’enfant arrive, est déposé par son parent, et laissé là, avec un enseignant qu’il ne connaît pas et une trentaine d’autres enfants inconnus qui, généralement, hurlent et paniquent autant que lui. L’enfant de trois ans a besoin d’une séparation douce, d’apprivoiser son nouvel éducateur, d’apprendre à connaître son environnement et ses nouveaux camarades. Si l’enseignant de votre enfant se montre ouvert, n’hésitez pas à lui proposer de rester un peu, afin qu’il se sente davantage sécurisé. J’ai écrit l’année dernière un article pour une séparation en douceur, à lire ici.

 

La vie en collectivité

Avant 6 ans, l’enfant est dans une phase normale d’égocentrisme naturel. C’est la période du « moi je ». Il a du mal à prêter ses jouets, a besoin d’individualité… l’école impose une vie en collectivité qui bien souvent le force à être et faire « en groupe », alors qu’il aurait besoin d’être et de faire « seul ».

Il y a deux solutions pour pallier à ce souci et en limiter les effets sur l’enfant. La première est sous la responsabilité de l’enseignant : individualiser les pratiques, organiser des plateaux d’activités, limiter les activités dirigées et les activités de groupe, proposer du temps libre pour laisser l’enfant vaquer à ses occupations… la pédagogie Montessori en est une formidable inspiration à ce sujet. La deuxième possibilité est de réfléchir sur le temps que passe l’enfant en collectivité. Bien souvent, c’est énorme… trop, en réalité. Quand l’enfant passe 7 heures à l’école, puis 2 heures (parfois plus) au périscolaire, qu’il dort 10 heures par nuit… au mieux, il voit ses parents 6 heures par jour, voire moins lorsque les parents ont de très longues journées (travail, transports…). Il ne s’agit pas ici de culpabiliser quiconque, mais de se rendre compte que les journées à rallonge sont un grand stress pour les enfants.

La collectivité est donc un stress pour un jeune enfant. Même si cette collectivité est bienveillante (elle le sera alors moins, mais elle en sera toujours un). Un enfant qui emmagasine du stress est un enfant qui devra, à un moment ou à un autre de la journée, le décharger. Bien souvent, les parents d’enfants qui entrent à l’école (ou à la crèche. D’ailleurs, si votre enfant fréquentait une crèche avant l’école, la transition se verra beaucoup moins) voient leur enfant changer de comportement : il devient violent, crie, frappe, fait des crises intenses. Ces moments de décharge sont importants, car ils permettent à l’enfant d’évacuer sa journée. Vous êtes probablement fatigué et stressé de votre journée également, mais vous gagnerez du temps à en perdre un peu pour laisser votre enfant lâcher son stress.

 

A l’instar de ce dernier point, il n’est parfois pas évident de faire autrement. Certains choix de vie, certaines configurations familiales ou professionnelles nous amènent à avoir la vie que nous avons, une vie bien souvent speed, dans laquelle l’enfant n’a pas forcément la possibilité d’évoluer à son rythme. Certains enfants font transparaître ce malaise via des comportements « difficiles », des troubles du sommeil ou autres. D’autres non, ou moins. Ce qui me semble vital, encore et toujours, ce sont les mots que nous poserons sur la situation et la possibilité que nous laissons à l’enfant d’évacuer son stress de la journée, afin qu’il puisse bénéficier d’un retour au calme intérieur.