Pourquoi il est difficile de rester bienveillant lorsque l’on n’a pas eu ce genre d’éducation ?

Cette question vient faire écho à un article que j’ai partagé il y a quelques jours, et qui se posait une question complémentaire : Comment être dans la parentalité positive quand on n’a pas reçu ce genre d’éducation soi-même. Personnellement, et c’est comme ça que je fonctionne dans mes cours, j’aime expliquer l’origine d’une situation. Comprendre pourquoi ou pour quoi nous fonctionnons d’une telle manière, l’enfant réagit comme il le fait etc, car c’est la base du changement. Et donc, suite à la lecture de cet article, j’ai eu envie d’approfondir le sujet. Ok, c’est difficile d’être bienveillant. Mais pourquoi ça l’est encore plus pour certains ?

Pour répondre à cette question, je vous invite du côté des neurosciences et de deux concepts importants à comprendre et garder en mémoire.

Le premier concept est ce qu’on appelle les neurones miroir. Ce sont des neurones que nous possédons et qui ont la particularité de s’activer dans trois contextes : lorsque nous faisons quelque chose, lorsque nous nous imaginons en train de faire quelque chose et lorsque nous voyons quelqu’un en face de nous faire quelque chose. Cela explique l’expression « un bon bailleur en fait bailler dix », ou que votre enfant veuille exactement LE camion rouge de son frère, sa sœur, son copain ou le voisin, et pas un autre (même si c’est le même). C’est aussi pour cela que les sportifs commencent par visualiser leur chemin, leur saut ou autre, AVANT de se lancer. Cela crée un chemin de réussite dans le cerveau. Logique. De la même façon, l’enfant encode la réponse de son parent en fonction des différentes situations comme étant la réponse à donner. Même si elle n’est pas « adéquate ». Si la réponse de notre parent, à notre « caprice » au supermarché par exemple, a été de crier ou de nous donner une fessée (si c’est ce que nous avons reçu), neurologiquement, nous avons programmé cela dans notre cerveau comme étant la réponse idéale. Lorsque notre enfant fera de même, un « caprice » au supermarché, nous aurons alors beaucoup de mal à nous contenir, la colère et le stress vont monter, nous allons ressentir une certaine violence en nous. Un enfant battu ne battra pas nécessairement son enfant, mais cela explique la violence que l’on peut ainsi ressentir et que l’on aura plus ou moins de mal à contrôler. Nous voulons être bienveillants, mais parfois certaines situations nous mettent hors de nous. Même, nous pouvons nous dire : Oh, mais on dirait ma mère/mon père (alors que nous nous étions pourtant juré de ne jamais faire comme eux). La réponse est neurologique.

Le deuxième concept important à comprendre est une question de circuit : stress ou empathie ? Si je reprends mon exemple du « caprice » au supermarché de tout à l’heure, il est facile d’imaginer la différence de ressenti pour l’enfant entre une réponse de type « fessée » et une réponse empathique. La première réaction activera la production de cortisol dans son cerveau (l’hormone du stress). Un haut taux de cortisol est nocif pour le cerveau encore immature de l’enfant. Plus, en tant qu’enfant, nous avons vécu de situations stressantes, et plus l’amygdale (circuit du stress) est activée. Si au contraire, notre parent nous répond avec amour et empathie, notre cerveau produira de l’ocytocine, l’hormone de l’amour, du lien et du bien-être.

Si nous associons les deux concepts, nous comprenons donc mieux pourquoi il est difficile de rester bienveillant lorsque l’on n’a pas eu ce genre d’éducation : notre circuit du stress s’active, nous empêchant d’être dans l’empathie (donc dans la bienveillance), et neurologiquement, nous avons un programme qui ne correspond pas forcément avec la voie que nous avons choisie. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire, bien évidemment. Reconnaître les situations que nous avons vécues étant enfant (sans forcément jeter l’opprobre sur nos parents), être bienveillant avec soi-même (ou avec le conjoint qui vit cela) pour faire grimper le taux d’ocytocine et baisser le stress, sont les premier pas importants qui permettront de construire une parentalité en lien avec nos valeurs personnelles (et sans s’identifier ou s’opposer à ses parents).