Dans un autre article, je vous parlais des trois étapes pour transiter vers une application pleine et vivante de la pédagogie Montessori, que ce soit en classe ou à la maison.

Parce que oui, cette transition ne se fait pas en 5 minutes (je vous le déconseille en tout cas). 

Ni même en quelques semaines. 

Mettre en place la pédagogie Montessori, aider les enfants à en intégrer le fonctionnement beaucoup plus libre qu’un fonctionnement formel, s’épanouir là dedans (autant soi que les enfants)… c’est aussi un apprentissage. 

Aujourd’hui, on va faire un peu le focus sur l’étape 1, que j’appelle l’étape de la transition. 

C’est-à-dire l’étape durant laquelle vous allez passer de votre système actuel (quel qu’il soit) à un système (encore) plus ouvert et autonome… sans pour autant fonctionner en ambiance Montessori. 

Cette étape est super importante, parce qu’elle va vous sauver d’une réaction, humaine, mais qui littéralement fout en l’air vos efforts. 

Tout changer. 

D’un coup. 

Ou presque. 

En fait, cette étape est une phase de cohabitation.

Oui, vous avez le « droit » de faire cohabiter plusieurs pratiques, même opposées à première vue. 
C’est souvent la « culpabilité » des enseignants ou des parents qui se forment: ils découvrent le graal avec Montessori, mais n’arrivent pas à se projeter sur le fonctionnement, l’organisation d’une journée, la répartition des tâches. 

Ils s’épuisent à vouloir être « parfaits ». 
Et ça claque, forcément. 
Parce que Montessori, je ne le répéterai jamais assez, n’est pas une méthode. 
C’est une philosophie de vie, d’être et d’enseigner… radicalement (le mot est encore trop faible) différente de ce que nous avons été programmés de faire et de transmettre. 

Bien structurer son étape de transition, c’est donc essentiel pour construire les bases solides de votre chemin commun, avec l’enfant. 

Pour bien mener votre étape de transition, je vous conseille 5 phases de travail, de réflexion et d’exploration. 

En premier lieu, sélectionnez les jeux et ateliers à garder, parmi ceux que vous avez. 
Qu’ils soient « Montessori » ou pas, on s’en fiche. 
Par contre, veillez à ce que le matériel que vous gardiez respecte bien les critères de la pédagogie, car ces critères sont des principes scientifiques… et qu’en proposant du matériel qui les respecte, vous mettez toutes les chances de votre côté de limiter la mise en échec de l’enfant, les problèmes de concentration, le désintéressement (qui rend les apprentissages autonomes beaucoup plus compliqués), la surstimulation (qui cause de la nervosité voire de l’agressivité).

Une fois que la sélection est faite, un questionnement peut survenir: par quelles activités Montessori est-ce que l’on commence? 
Oui, il y a un ordre. Important, très important, à comprendre et à appliquer. 
Déjà, on ne met pas tout. Parce que les enfants ne sont pas encore prêts à gérer autant d’apports dans leur environnement. 
Mais on ne commence pas non plus avec « n’importe quoi ». Même si cela semble les intéresser. 
Maria Montessori a créé une progression logique au sein de chaque catégorie de matériels, mais également entre ces catégories. 
Ne pas commencer par le bon bout va amener un manque de structuration au niveau de l’esprit logique et des compétences exécutives de l’enfant. 
Une difficulté d’engagement dans le travail, de persévérance… et donc des problèmes pour acquérir cette fameuse autonomie de travail qu’on cherche à développer chez eux. 

Troisième phase: considérer que les matériels et jeux sont complémentaires. 
Il n’y a pas le « bon » d’un côté, avec la pédagogie Montessori, et le « mauvais » de l’autre, avec tout le reste. 
ça peut vous paraître évident, mais je peux vous assurer que ce n’est pas toujours le cas, ou ce n’est pas toujours facile de s’en souvenir quand, emballée par une approche ou une formation, vous voulez mettre des choses en place. 
Et comme, à ce stade, on est loin d’avoir tout le matériel Montessori mis à disposition, cela veut dire que, concrètement, nous n’avons pas assez de stimulations pour les enfants. Même si on est à la maison. 
Il faut donc proposer d’autres jeux et ateliers. 
Qui respectent les critères de la pédagogie Montessori, on l’a vu en 1e phase. 
Mais qui vont avoir des propriétés intéressantes pour aider les enfants à évoluer. 
C’est-à-dire à les préparer, psychologiquement, émotionnellement et cognitivement, à accueillir le matériel Montessori. 
Il y a des jeux que j’adore et que j’exploite en classe depuis des années… et je me fiche de savoir s’ils sont « Montessori » ou non. 
Mais tous les jeux n’ont pas ce « pouvoir »… et certains sont même contre productifs, amenant de l’excitation ou manque de persévérance pour certains travaux. Donc il faut être prudent et choisir « correctement ». 

Lorsque vous en êtes là dans votre réflexion, vous êtes prête pour la mise en place concrète. 
A savoir, comment organiser et structurer votre classe ou votre pièce de travail. 
Sachant que des étagères vont rester vides, obligatoirement. 
Qu’il faut gérer ça, parce que les enfants n’aiment pas le vide, et que ça créé de l’agitation. 
Sachant aussi que cette organisation ne sera que temporaire, mais qu’il faut quand même y apporter le moins de modification possible, car ça aussi ça crée de l’agitation. 

Et dernière phase de cette étape de transition: retravailler son organisation de travail. 
Garder une partie de ce que vous faites, ajouter du temps de travail autonome. 
Trouver le bon équilibre. 
Pour ne pas surstimuler les enfants en lâchant trop d’un coup. Sans les frustrer non plus, au risque de les démotiver. 

En résumé, les 5 phases de cette étape de transition, la première vers la mise en place de la pédagogie Montessori:

  1. Sélectionner les jeux et ateliers à garder
  2. Par quelles activités Montessori commencer ?
  3. Complémentarité des jeux et du matériel
  4. Structurer votre classe ou votre pièce de travail
  5. Organisation type en phase de transition

Vous pouvez en rester là pendant quelques semaines, voire quelques mois. 

Le temps que les enfants intègrent et digèrent cette approche. Soient à l’aise. 
Et vous aussi. 

Comme vous avez pu le constater, cette étape n’est, au final, pas si simple que cela. 

Je sais que beaucoup de stagiaires se posent des questions à son sujet, comme:

  • Comment (vraiment) bien faire le tri entre ce qu’on garde et ce dont on se sépare, pour éviter la mise en échec, le manque de concentration et d’engagement des enfants? 
  • Comment introduire le matériel que l’on garde dans la progression montessorienne? 
  • Par où commencer? Par quelle catégorie de matériel? Jusqu’où aller dans la progression? 
  • Et si on a un double voire un triple niveau, comment gérer les différences d’âges? 
  • Si on ne met pas « tout », comment occuper les enfants, comment faire pour qu’ils ne s’ennuient pas, surtout pendant les temps de présentation? 
  • Que proposer aux autres enfants pendant les temps de présentation? 
  • Comment faire quand on est seule? (à la maison, par exemple, ou en tant qu’enseignant si on n’a pas d’assistante?)
  • Et si c’est plus facile en double ou triple niveau, comment faire si on a un niveau simple? Est-ce impossible? Mais comment faire si ce sont des petits, qui ne s’occupent pas tout seuls? 
  • S’il faut enrichir son espace de travail avec d’autres activités et ateliers, lesquels? Pourquoi? Comment les agencer et les organiser par rapport au matériel Montessori? Comment les rendre complémentaires? 
  • Comment structurer et organiser son espace de travail, pour faire cohabiter plusieurs méthodes? Pour que les enfants ne soient pas perdus? Pour qu’ils développent déjà leur autonomie? Pour que nous, nous puissions continuer à faire évoluer le groupe? 
  • Si les étagères sont vides, est-ce un problème? Et si mon espace de travail me semble « vide », comment faire pour expliquer, communiquer, rassurer les personnes autour de moi? Est-ce qu’un espace de travail en phase de transition est nécessairement vide? 
  • Comment accompagner les enfants durant cette transition? Leur expliquer les changements? Comment les aider à les intégrer? Comment savoir lorsqu’ils le sont? 
  • Quelle organisation concrète adopter? Comment faire cohabiter un fonctionnement basé sur des programmations, des travaux dirigés et des évaluations, avec un système qui prône la liberté et l’autonomie? 
  • Comment rassurer les parents, les collègues, la direction, les inspecteurs, les amis… sur la bonne poursuite de l’apprentissage, et l’évaluation des compétences de l’enfant? 
  • Quel équilibre trouver pour ne pas perdre les enfants dans un fonctionnement « trop libre », qui provoquerait du chaos, sans les frustrer avec des temps de travail plus formels? 

Ces questions, je me les suis posées en début de carrière. 

Et je sais que bon nombre de personnes se posent ces questions. 

C’est pour ça que j’aurai plaisir à y répondre en détail ici pour vous accompagner à transiter efficacement vers la pédagogie Montessori. 

Positivement

Victoria

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