La semaine dernière, j’ai publié une petite citation sur Facebook.

« Avant de mettre un crayon dans la main d’un enfant, ces mains doivent creuser, grimper, appuyer, pousser, tirer, écraser, tordre et pincer dans un large éventail d’environnements et avec une variété de matériaux ».

J’ai accompagné cette citation d’une petite réflexion inspirée de la pédagogie Montessori, que j’aimerais approfondir avec vous.

Parce que cette phrase met en avant un truc super important si on veut vraiment aider les enfants à apprendre à peu près n’importe quoi facilement et dans le plaisir.

Et à 15 jours de la rentrée, c’est plutôt pas négligeable.

Mais bon, comme souvent dans ce que je vous partage, ça demande d’aller un poil plus loin que ce qu’on voit partout habituellement :
Pour apprendre à écrire, il ne suffit pas de travailler les lettres.
Pour apprendre à compter, apprendre les chiffres ne suffit pas.

Et le matériel Montessori n’est pas un « pansement » que l’on applique là où il y a une difficulté chez l’enfant.

Tant qu’on réagit comme ça ?
On oublie 95% de ce que l’enfant doit traverser pour intégrer une compétence.

Et on reste dans le superficiel niveau apprentissages.

Un apprentissage, c’est comme un iceberg.

La majeure partie se fait en amont, de façon invisible et indirecte.

L’enfant incube la compétence pendant des semaines, voire des mois, avant que son évidence n’explose au visage de tout le monde.

Maria Montessori avait un nom pour désigner ce processus long, invisible parfois, détourné souvent.

C’est la préparation indirecte.

Ça consiste à faire des trucs qui n’ont, a priori, rien à voir avec la compétence en question… mais qui permet d’acquérir tous les prérequis pour la maîtriser.

Genre Karaté Kid et son célèbre « frotter / lustrer ».

Et ça permet aussi aux enfants de travailler sans s’en rendre compte :

  • Pour lire, on fera laver la table de gauche à droite et de haut en bas.
  • Pour écrire, on fera astiquer les cuivres en petits mouvements circulaires anti-horaires, pincer des pompons, ouvrir des pinces à linge…
  • Avant de compter et de calculer, on va veiller à ce que l’enfant ait développé sa logique, sa réflexion, sa capacité à résoudre des problèmes…

Une fois que les prérequis sont validés ?

On passe au matériel ad hoc. Et ça fonctionne !
Miracle ? Non, logique !

Cette citation que j’ai partagée ce matin ?

Elle ne dit rien d’autre : avant d’écrire, la main doit être préparée.

Elle doit avoir creusé, appuyé, poussé, tiré, écrasé, tordu, pincé, gratté, tapé… avant de manipuler un crayon et de faire apprendre l’écriture.

La main doit se muscler.
Le poignet se délier.
Les doigts se préciser.
La sensibilité s’affiner.

Avant de donner du matériel, n’importe lequel, il y a donc à vérifier que l’enfant a, auparavant, vécu cette préparation indirecte.

Maria Montessori a pas mal bossé dessus.

Pour rester sur l’exemple de l’écriture :

D’abord on fait travailler les compétences nécessaires pour tenir un crayon, via le matériel de la vie pratique.
(Au passage, c’est pourquoi j’insiste tellement sur le fait que ces activités sont primordiales, et beaucoup plus compliquées à installer et présenter que juste balancer 10 pompons dans un bol).

A partir de 18 mois.
Et peu importe l’âge de l’enfant.

On passe beaucoup de temps sur ça.
(J’aime bien compléter les activités Montessori avec la « finger gym », très fréquente Outre-Altantique).

Puis, on se familiarise avec le crayon.
Pas avant trois ans, à condition que l’enfant se soit bien préparé avant !
Mais pas avant trois ans.

Pour dessiner avant cet âge-là ? Donner des pavés de cire, de la peinture à doigts, des craies, du fusain… des outils qui ne nécessitent pas la prise tripode.

S’entraîner à manipuler le crayon peut se faire via les formes à tracer.

En parallèle de ça ?
On travaille les sons. D’abord. Puis les lettres, ensuite.

Une fois que l’enfant reconnaît les lettres ?
Il commence par les tracer au doigt, dans le sable.

Magie de la progression montessorienne : quand l’enfant maîtrise la préhension du crayon ET qu’il trace les lettres correctement à la craie ?

BAM !

Il les écrit au crayon.

Et il va rester avec ce fichu crayon de papier un bout de temps.

En progression Montessori, pas de feutre ou de stylo avant 6 ans… et tant que l’écriture n’est pas un minimum fluide.

Pourquoi ?
Parce que c’est trop simple d’écrire au stylo ou au feutre.
On fusille littéralement tout le boulot de musculation de la main avec ces outils là.

L’enfant se plaint que c’est trop dur ?
Plutôt que de chercher à lui simplifier la tâche, ce qui n’est pas lui rendre service au final, il vaut mieux… à votre avis ?

BINGO !

Travailler la préparation indirecte… et lui donner des exercices pour muscler sa main.
Idem s’il a mal quand il écrit.
(A vérifier tout de même, s’il tient « correctement » son crayon).

Le travail « en amont »… ce « dessous » de l’iceberg… c’est carrément le plus important.

Pour écrire, mais pour n’importe quelle compétence.
N’importe laquelle.

Et plus l’enfant s’entraine sur ces compétences en amont, plus il bâtit l’architecture de ses apprentissages… et plus facile va être l’apprentissage.

Comme un fruit qui s’est gorgé de soleil, qui prend le temps de mûrir… et qui finit par tomber, à point, tout seul. 

Bien souvent, on cherche à cueillir le fruit rapidement… mais il est encore vert.

Pour aider les enfants à mûrir leurs compétences, j’utilise plusieurs techniques: 
Le jeu.
L’extérieur.

Je vous donne pleins d’astuces, d’activités et d’idées ici dans mes mails quotidiens, 100% gratuits. 

Positivement

Victoria