Suite à nos différents articles sur les émotions et le sommeil, nous avions envie de vous proposer une rencontre avec Delphine Godefroid, psychothérapeute spécialisée dans le burn-out. Voici ce qu’elle nous a confié à ce sujet. 
Je vous souhaite une belle lecture, et au plaisir d’échanger. 
Victoria

Vous vous sentez épuisés? Dépassés? Vous n’arrivez plus à gérer votre quotidien en tant que parents? Vous en avez marre de vos enfants? Vous ne pouvez plus être parent à temps plein? Avez-vous osé le dire à quelqu’un? Difficile à accepter dans la sphère professionnelle, le burn-out l’est d’autant plus dans la sphère de la parentalité. Sentiment de honte et de culpabilité forment la trame de fond sur laquelle viennent se greffer d’autres sentiments tels que la faiblesse, l’incompétence, l’échec.

Le burn-out ne touche plus seulement la sphère professionnelle; il a désormais investi la sphère de la parentalité, métier à la fois complexe et stressant. Bien que le terme de parentalité remonte à 1961, il y a eu un changement radical de considération à l’égard des enfants depuis ces dernières années. Leur bien-être est désormais placé au centre de toutes les préoccupations et les parents jouent un rôle déterminant dans son développement et sa santé psychique. Mais quand les notions d’idéalité, de perfection et d’exigence à outrance viennent se greffer, cela peut mener au burn-out. Avoir des enfants heureux, brillants, épanouis, gentils, polis, élevés au bio…; autant d’injonctions
auxquelles les parents sont confrontés. L’enfant devient le signe extérieur de réussite en tant que parent. Le mythe du parent parfait ne date pas d’hier mais la barre est mise de plus en plus haut et c’est la marathon du parent le plus exemplaire qui est de mise.
On estime aujourd’hui à 5% le taux de burn-out parental, une réalité qu’on ne peut plus se permettre d’ignorer, tant ses effets sont délétères.
Le terme burn-out signifie littéralement «se consumer, brûler de l’intérieur» telle une allumette; le burn-out ne frappe pas à votre porte, il est le résultat d’un processus lent et insidieux. C’est l’aboutissement de l’histoire d’une perte de contrôle dans une vie et le résultat d’une accumulation de stress constant. Il résulte d’un déséquilibre entre les ressources disponibles, les valeurs, les attentes et les exigences. Mais contrairement au burn-out professionnel où l’on peut se permettre de démissionner, démissionner de son rôle de parent ne fait pas partie des alternatives. Mais rassurez-vous, le burn-out parental n’est pas une fatalité et si le chemin est long, il peut être une opportunité pour re-naître à soi, se re-créer un univers de possibles.

Même s’il y a autant de burn-out que de personnes, on observe des facteurs de vulnérabilité communs tels que le perfectionnisme, le surinvestissement, la performance, la minutie. Mais n’importe qui peut être sujet au burn-out.

 

Comment détecter le burn-out parental?

  • Epuisement physique, intellectuel et émotionnel.

Le stress ordinaire a fait place à un épuisement physique intense, accompagné d’une extrême fatigue et de douleurs multiples liées aux articulations et muscles, similaires à un état grippal. Cet épuisement physique peut se manifester de différentes manières. Des troubles de la mémoire et de concentration peuvent également se présenter, caractéristiques de l’épuisement intellectuel. L’épuisement émotionnel se traduira, quant à lui, par des variations brutales d’humeur. Cet épuisement multiple ne disparaîtra pas après un week-end de repos ou des vacances.

  • Distanciation émotionnelle avec les enfants

Le parent a tendance à prendre de la distance affective avec ses enfants, mécanisme de défense face à cet épuisement multiple. Le parents, bien qu’aimant son enfant, est incapable de lui en faire la démonstration. Le parent agira comme un robot, en mode pilote automatique, en mode routine et n’a plus la moindre énergie pour s’investir dans la relation.

  • Insatisfaction permanente, perte de plaisir

Le parent ne prend plus aucun plaisir dans son rôle de parent. Il a le sentiment que ce rôle lui coûte beaucoup trop d’énergie et qu’il n’est plus à même de le remplir de façon saine. Partager du temps et des activités avec leurs enfants ne constitue plus une source de plaisir.

  • Contraste entre le parent d’avant et de maintenant

Il y avait un parent «avant» et un parent «maintenant». Le parent ne se reconnaît plus. Il se sent différent. Il est devenu l’opposé du parent qu’il était et qu’il voulait être. Le diagnostic sera obtenu par l’exclusion d’autres problématiques, telles que des maladies qui peuvent présenter des symptômes similaires. Il n’est pas nécessaire de rencontrer la totalité des symptômes décrits ci-dessus. Si 60% de ces symptômes sont suffisamment sévères et fréquents dans le temps, on parlera de burn-out parental.

 

Comment s’en prémunir?

En guise de prévention, il est utile d’apprendre à s’écouter, connaître ses limites et les accepter. Il faudra également agir sur plusieurs axes que sont l’hygiène de vie et l’alimentation et ne pas s’isoler de sa sphère sociale.

 

Accompagnement

En phase aiguë, le parent en burn-out est rarement conscient de ce qui lui arrive et c’est souvent l’entourage qui permettra de faire prendre conscience au parent en burn-out de sa situation. Le premier réflexe pour s’en sortir est de reconnaître la situation et constater ce qui se passe sans honte ni culpabilité. Le parent en burn-out n’aura pas la force de suivre d’autres injonctions telles que: il faut t’occuper de toi, il faut apprendre à te détendre,…Mais se faire aider par un professionnel de la santé afin de comprendre les mécanismes qui ont conduit le parent au burn-out est indispensable pour s’en sortir. Le travail sera notamment axé sur la gestion du stress, comment mettre ses limites,
comment se protéger, comment gérer son temps, la confiance en soi, retrouver l’équilibre stresseurs/ressources.

 

Comment se reconstruire?

Après avoir émergé d’une période de repos, le parent va mettre des choses en place dans son quotidien pour retrouver l’équilibre stresseurs/ressources afin d’éviter une rechute. Tout comme l’aboutissement du burn-out, la phase de reconstruction peut être longue également. La patience est de rigueur afin de ne pas forcer notre système et chaque parent le fera à son rythme. Il changera ses perspectives face au stress et s’ouvrira la porte d’un nouveau chemin de vie.