Lorsque je me suis intéressée au jeu « libre » (dans le sens d’ouvert, non dirigé ou « fermé » par des objectifs), j’ai découvert un univers inconnu peuplé de Loose parts (Reggio), du jeu de peindre (Arno Stern), des « Waldkindergarten » (ces crèches en forêt)… Parmi tout cela, il y avait la « mud kitchen ». J’ai attendu les 18 mois de ma fille pour en installer une, pour vous en parler, et vous expliquer pourquoi c’est limite « vital » pour les enfants d’avoir ce genre d’espace.

Oui, « vital », carrément. Je dirais même qu’à l’ère du numérique et de la surprotection, c’est presque un acte militant pour la libération de l’enfance. Oui, oui…

Laissez-moi vous raconter…

 

Qu’est-ce qu’une « mud kitchen »?

Une « mud kitchen », littéralement « cuisine de boue », est un espace aménagé de bric et de broc, à l’extérieur, dans lequel les enfants peuvent patouiller, faire des mélanges, manipuler, s’inventer des histoires, faire des potions… Ressemblant à une cuisine, elle comprend généralement un évier, un plan de travail et du rangement pour les casseroles, passoires, ustensiles de cuisine, arrosoirs…

Nous avons tous (ou presque) des souvenirs d’enfance autour des mixtures que l’on créait à base de fleurs, de terre et d’eau. Lorsque j’ai posté les premières photos de ma mud kitchen, les commentaires en témoignaient: « oh, cela me rappelle les jeux que je faisais avec ma sœur »! Un presse-purée, un moulinet à persil, un fouet manuel… et c’est toute l’enfance qui réapparaît.

Le but de la « mud kitchen » est d’être faite avec ce que vous avez sous la main. Vous pouvez la créer avec du bois de récupération ou des palettes, ou encore, comme moi, en détournant un meuble de rangement de notre ami suédois. J’ai fait ce choix car nous n’avions pas forcément envie de passer beaucoup de temps à poncer le bois de palette, mais après, c’est totalement libre. Pour ma version hackée de l’ami suédois, il faut compter 59.99 euros le meuble (Trofast) (j’en ai pris deux) + 19.99 euros l’évier (prévoir de quoi le boucher), soit un peu moins de 140 euros. On a verni les meubles avec un lasure spécial extérieur, pour plus de solidité (mon mari a passé deux couches). Pour l’astuce, nous avons simplement enlevé un montant sur le meuble qui accueille l’évier, pour que ce dernier passe. Cela n’enlève rien à la solidité du meuble.

Voici ce que cela donne:

Une fois la structure en place, l’idée est de mettre à disposition de l’enfant de vrais ustensiles de cuisine. J’ai récupéré deux casseroles, divers plats, des pichets en plastique, un arrosoir, des pots en inox, des boites, des Tupperware…. j’ai acheté les bacs blancs pour mettre de la terre, des feuilles séchées et des pommes de pin de notre jardin. Ensuite, un pot à accessoires: presse-purée, louche, passette…

Pourquoi une « mud kitchen » chez vous ou dans votre structure?

Certains m’ont dit: mes enfants le font naturellement, pas besoin de tuto… alors oui, et non… c’est vrai, les enfants, naturellement, vont collectionner des « trésors » (cailloux, coquillages…), s’imaginer des mondes avec des cartons ou faire des décoctions avec tout ce qu’il trouve. Enfant, par exemple, j’adorais faire des eaux de roses, avec les pétales fanés du jardin de ma grand mère. J’utilisais sa bassine à linge, une grande bassine ronde, et je faisais macérer mes fleurs avec un résultat plus qu’aléatoire…. mais je m’éclatais.

L’avantage d’une « mud kitchen » c’est que cela ouvre et libère le jeu, car nous lui attribuons un espace fixe dans l’environnement de l’enfant. Il a lieu d’être, le droit d’exister.

J’ai une relation très tranchée aux vêtements… pour moi, ils sont là pour nous protéger (du vent, du soleil, de la pluie, du froid)… et j’ai une machine à laver (contrairement à ma grand-mère durant une bonne partie de sa vie). Alors pourquoi me plaindre que les vêtements sont sales? Cela se lave! Se salir fait partie de l’enfance… apprendre, jouer, grandir… c’est salissant! Je trouve toujours très dommage les limitations aux explorations que l’on impose aux enfants, pour qu’ils ne se salissent pas… d’autant qu’il existe, au pire, des solutions pour protéger les vêtements… ou, quand il fait chaud, de se déshabiller (Noisette adoooore).

Une « mud kitchen » est pour moi presque un acte « militant »: de la liberté de l’enfant, de son exploration, du jeu, de la construction de souvenirs fabuleux…

 

Comment jouer?

Et bien, voici la bonne nouvelle: votre rôle est de surtout, surtout, surtout…. ne pas intervenir!!!! Laissez les enfants se débrouiller et créer leurs propres histoires. Veillez bien à ne pas vous en mêler, à part, à la fin du temps de jeu, pour rappeler la règle du rangement (et du nettoyage). Facile non?

Les enfants utilisent la « mud kitchen » en fonction de leur âge, de leur intérêt… par exemple, ici Noisette 19 mois s’intéresse surtout à transvaser l’eau et à tester la flottaison des éléments. Un enfant plus grand développera un jeu plus axé sur l’imagination, lui fera prendre un aspect symbolique (il fera de la soupe, du café…) et/ou créatif (comme moi, et mon eau de rose). Cet engagement dans le jeu dépendra de là où il en est dans les stades de développement du jeu (dont je reparlerai). Quoi qu’il arrive, tant qu’il ne se met pas en danger (lui ou quelqu’un d’autre) ou qu’il n’abîme pas le matériel volontairement… laissons le EXPLORER, MANIPULER… GRANDIR!

Inspirations

Vous voulez voir d’autres idées de « mud kitchen », voici quelques liens (en anglais) ici et là.

Partage

Bon, je vous ai montré ma « mud kitchen », à vous: je veux voir les vôtres!!!!! 🙂 🙂 🙂

Je suis hyper impatiente de découvrir vos coins patouille! N’hésitez pas à les poster en commentaire!