Pour continuer notre carnaval d’interview sur le thème « Repenser l’éducation » à l’école, je vous propose aujourd’hui de découvrir ou redécouvrir le concept de la classe flexible. 

Depuis deux semaines, nous nous occupons des enfants qui font leur rentrée dans le Centre d’Apprentissages Libres ALTERNOVA que nous venons d’ouvrir. 

Les différents centres thématiques ont enfin pris vie. 

Et c’est une inspiration infinie de voir les enfants évoluer dans ce lieu… librement. 

Assis sur une chaise. 

Un coussin mobile. 

Un zafu. 

Un coussin. 

Un tabouret. 

Un ballon de yoga. 

Directement par terre. 

Mais aussi. 

Couchés sous la table. 

A plat ventre devant une expérience. 

Accroupis. 

Étalés de tout leur long. 

Ou en mouvement. 

En sautant. 

En faisant des aller-retour.

Pourquoi rester assis sur une chaise toute la journée alors que nous savons que les enfants ont besoin de libérer leur CORPS pour apprendre? 

Ce que l’on appelle le « flexible seating », classe flexible en français. 

Pour résumer rapidement cette pratique, il s’agit de proposer aux élèves plusieurs assises différentes, plutôt qu’une chaise et un pupitres attribués. 

Cette pratique vient des Etats-Unis et du Canada, et a pour avantage de libérer le corps, les mouvements et l’esprit des élèves. 

Dans ma réflexion de libérer les apprentissages, j’ai rencontré il y a quelques années le flexible seating. 

J’ai testé et bricolé par mal de choses dans ma classe. 

Même si la pédagogie Montessori est déjà dans la direction d’une mobilité libérée. 

Dans une classe Montessori, un enfant peut choisir de travailler à table ou sur un tapis. 

Et d’ailleurs, 50% des places devraient être occupées par des places en tapis. 

Si vous avez 25 élèves, par exemples, prévoyez une douzaines de tapis et 50% de votre surface au sol, libre. 

Et si vous êtes à la maison, je vous conseille de prévoir un tapis par enfant et ne pas surcharger les espaces de jeu de vos enfants. 

Travailler et jouer au sol, plutôt qu’à table, libère le mouvement, le corps… 

Et comme « L’enfant se développe dans le mouvement », plus l’enfant bouge et mieux il apprend. 

Bien sûr, c’est plus ou moins fort selon les enfants. 

Mais TOUS les enfants ont besoin de bouger. 

Ils ne sont pas faits pour rester assis toute une matinée. 

A 3 ans, mais aussi à 6, à 9, à 12 ans…

A vrai dire, l’adulte non plus, mais ça c’est encore autre chose. 

Libérer le mouvement, c’est un thème qui m’intéresse particulièrement. 

C’est pour cela que je vous propose aujourd’hui de découvrir le parcours de « Madame Stéphanie », institutrice dans une école publique. 

Elle a créé une classe flexible très inspirante et gère un groupe Facebook qui pourra vous aider à vous lancer. 

Rencontre.

 

Victoria: Vous êtes institutrice dans une école publique en Belgique, et votre classe est un peu particulière. C’est une classe flexible. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste pour vous ?
Stéphanie:
Une classe à aménagement flexible est une classe où l’on retrouve une diversité d’assises afin de répondre au mieux aux besoins physiologiques des enfants et ce afin que tous puissent bouger, trouver leur position pour travailler le plus efficacement possible.
Ce concept est loin d’être tour récent, il est mis en pratique depuis années dans les pays outre-Atlantique.
La classe flexible permet plusieurs avantages pédagogiques. Elle a été pensée en vue de rendre une classe plus accueillante et favorable à un apprentissage efficace. Par classe à aménagement flexible, on entend une salle où l’enseignant peut choisir le meilleur aménagement possible pour le bien de ses élèves. Ces derniers ont la possibilité de s’asseoir de différentes façons. La disposition des sièges est modifiable en fonction des besoins.
Toutefois, il ne s’agit pas seulement de déplacer la place des tables et chaises. Dans une classe flexible, un élève a le droit de travailler dans différentes positions. Ce qui signifie qu’il peut travailler en étant debout, en restant assis ou même allongé.
Dans ma classe, pas de chaussure ni de sac : tout cela reste dans le couloir. Les enfants se chaussent de pantoufles et se munissent uniquement de leur farde à élastique. Tout le matériel scolaire est à leur disposition sur les tables.

Victoria: Depuis quand enseignez-vous ? Et depuis quand pratiquez-vous la classe flexible ?
Stéphanie: Cette rentrée scolaire 2019 a été ma dixième rentrée ! Je pratique la classe flexible depuis juin 2018, c’est encore tout récent.

Victoria: Qu’est-ce qui a motivé cette transition ? 
Stéphanie: Passionnée de pédagogie, je suis toujours en recherche du meilleur pour mes élèves et améliorer ma pratique. J’avais déjà lu des articles sur ce sujet mais j’ai réellement eu le déclic quand j’ai été visiter le « Crea lab » à la HERS de Virton.
De plus, j’observe depuis plusieurs années des enfants agités, indisciplinés, qui ont beaucoup de mal à rester assis sur une chaise toute la journée. (Ce qui est un comportement NATUREL pour un enfant de 6 ans !!)
Je souhaite aussi que la transition maternelle-primaire se déroule le mieux possible et cet aménagement de classe ressemble beaucoup aux classes de maternelle (coin rassemblement, différentes zones de travail, pas de bureau mais des tables, …)
Les enfants qui arrivent en 1ère année vivent très mal cette différence de vécu entre la classe maternelle où ils peuvent bouger, se lever, changer d’espace et l’école primaire où on leur demande de rester assis toute la journée . Ils perdent cette opportunité de bouger. C’est physiologiquement impossible  pour un enfant de 6 ans de rester assis toute la journée. A 6 ans on ne peut pas passer d’un mode de fonctionnement où l’on bouge toute la journée à un mode de fonctionnement où l’on reste assis toute la journée.
Les classes traditionnelles primaires sont difficilement compatible avec cette liberté de mouvement. La classe flexible peut permette aux enfants de continuer à vivre le mouvement surtout chez les plus jeunes qui ont un besoin énorme de bouger.
Pour finir, le modèle d’école que nous connaissons tous est un modèle très ancien. Un modèle où les écoles et les classes étaient pensées à l’époque pour former les enfants à travailler en usine. En fait, l’objectif social et éducatif à ce moment-là, c’était de préparer une génération entière d’enfants à un métier unique. Aujourd’hui, un enfant à plusieurs milliers de possibilités de métiers qui s’offrent à lui. La plupart des métiers qui existeront dans 10 ans n’existent même pas encore aujourd’hui!
Le monde dans lequel vivront nos enfants sera un monde où la flexibilité et l’adaptabilité seront des compétences clés! 
L’architecture ne peut pas révolutionner l’éducation. Mais elle peut favoriser, faciliter  la mise en place de méthodes pédagogiques qui respecte le fonctionnement naturel du cerveau de l’enfant et de ses émotions.
On fait quoi en attendant que ça bouge ? On attend… ? Ou bien on y croit ?!

Victoria: Quels sont les effets que vous observez sur vos élèves ?
Stéphanie: La classe flexible favorise la motivation et l’implication des élèves dans les activités scolaires. Ils se sentent beaucoup plus impliqué dans une classe qui répond à leurs besoins et qui ne se contente plus d’être un local pour contenir les apprenants.
J’observe des enfants heureux de rentrer en classe, bien dans leur peau, souriants. Il est bien évident que si les élèves se sentent mal à l’aise au sein de l’école pour des raisons diverses, ils n’auront pas envie de s’engager dans les apprentissages. Il parait donc essentiel de créer une école propice à intégrer les élèves, à prendre en compte leurs besoins physiologiques et leur développement. Ils se sentent investit d’une autonomie grandissante dans un nouvel espace qu’ils peuvent s’approprier en fonction des buts poursuivis. C’est cette autonomie qui leur est accordée qui les incite à poursuivre les efforts et à s’impliquer davantage dans le travail scolaire.
J’observe aussi des enfants concentrés, attentionnés dans leur tâche, des enfants qui ont moins « la bougeotte ». En effet, sachant qu’ils ont l’autorisation de changer de place quand ils en ressentent le besoin, ils le font et sont donc à l’aise dans leur position de travail.
Mais j’observe surtout, et pour moi c’est ce point le plus formidable, des enfants qui s’entraident, qui collaborent. Quand un enfant pose une question, les autres enfants autour de lui lui répondent avant même que je puisse ouvrir la bouche. C’est ce que j’appellerai de la pédagogie coopérative. (ex : un élève qui a terminé son travail en autonomie et qui vient proposer son aide à un camarade moins avancé qui bute sur des obstacles ; un élève qui explique à un autre comment il a procédé pour trouver la solution d’un problème ou comment il a fait pour mémoriser une règle ; sur des temps d’activité libre, un élève bon lecteur qui lit un album à un camarade moins performant dans ce domaine ,…) J’observe donc une amélioration de l’entraide entre les élèves. Même si ce n’est pas le premier effet recherché, la coopération au sein d’une classe est à la base d’un climat propice aux apprentissages. Des élèves qui coopèrent, collaborent et s’entraident sont autant d’enfants autonomes et acteurs de leurs apprentissages.

L’aménagement de ma classe me permet de travailler beaucoup plus facilement en ateliers, (c’est-à-dire une structuration de la classe en différents espaces qui abritent chacun des activités avec des objectifs différents).
Au niveau organisationnel, cela me facilite la vie : les tables sont déjà en place, plus besoin de bouger des bureaux souvent lourds et encombrants.
De plus, il m’est plus facile de pratiquer la différenciation dans mes apprentissages au vue de l’organisation spatiale de la classe : en effet, les groupes de niveaux différents se trouvent à des endroits différents. Je peux donc m’installer auprès des élèves les plus en difficulté sans être enfermé dans un schéma d’enseignement basé uniquement sur une progression de tous les élèves à la même vitesse.
J’ai aussi construit une table en forme de C qui est très pratique pour une explication en petit groupe et permet un enseignement presque individualisé.

Victoria: Pour aider les enseignants qui nous lisent à prioriser pour leur rentrée et la suite de l’année, quels sont, selon vous, les «indispensables» pour une classe flexible ? Quels conseils pourriez-vous donner aux enseignants qui souhaitent transiter vers une classe flexible ?
Stéphanie: Je pense qu’il faut aménager sa classe comme on le sent. Il ne faut pas vouloir copier un modèle. Il faut s’y sentir à l’aise et à sa place pour enseigner.
Je pense aussi qu’il faut y aller petit à petit et ne pas vouloir changer tout d’un seul coup.
Au début, on peut transformer sa classe en changeant d’abord les bureaux de place , créer un U pour le travail dirigé, des ilots à l’arrière pour le travail en groupes, réaliser un coin regroupement, …

Victoria: Question budget, quelles sont meilleures astuces pour éviter que la note ne soit trop salée ?
Stéphanie: De la récup ! On trouve de tout maintenant sur les sites de seconde main et du matériel en très bon état. On peut aussi faire un appel aux dons, les gens sont souvent généreux quand il s’agit d’aider une école.
Personnellement, j’ai créé des tables moi-même, pour un budget très peu élevé : il suffit d’une scie sauteuse et le tour est joué.
Pour finir, aller faire un tour dans le grenier de votre école, on y trouve pas mal de trésors !

Victoria: Justement, à propos de budget, combien faut-il compter pour installer une belle classe flexible ?
Stéphanie: Je ne pense pas qu’un budget bien précis soit nécessaire. Avec de l’imagination et des objets de récup , on peut déjà aménager une belle classe agréable.
De plus, certains magasins bien connus des instits proposent des produits à bas prix ( coussins d’équilibre, ballons, tapis, …)

Victoria: Quels sont vos « trucs et astuces » pour enseigner en classe flexible ?
Stéphanie: Je pense qu’une classe à aménagement flexible va de pair avec un enseignement flexible.
Dans une classe flexible, on n’enseigne plus de manière traditionnelle , nos méthodes changent. J’ai par exemple mis en place le travail en ateliers ou bien en centres d’autonomie à certains moments de la journée.

 

Je vous laisse découvrir les photos très inspirantes de la classe Madame Stéphanie! 

Comment repenser l’éducation à l’école? 

Si vous aussi vous souhaitez révolutionner votre pratique en tant qu’enseignant, je vous conseille les formations suivantes: