Comme beaucoup d’enfants, Miss Noisette est passionnée par la nature, les arbres, les fleurs, les oiseaux… Elle passe beaucoup de temps dehors (2 à 3 heures par jour en ce moment) et assiste à l’éclosion de la nature. Comme elle, je suis fascinée par la beauté des fleurs et des arbres qui peuplent notre jardin et nos environs:

A 18 mois, difficile de ne pas toucher ce que l’on voit (cela reste d’ailleurs difficile jusqu’à 3 ans, voire un peu plus pour certains enfants)… et de ne pas arracher les fleurs qui nous émerveillent. Or, nous n’aimons pas les cueillir, il est donc important pour nous de lui transmettre ce respect du vivant. Et miss Noisette commence à y parvenir: elle contourne consciencieusement les fleurs, les pointe du doigt sans les toucher et avec un grand sourire, fait une petite danse de la joie devant certains arbres…

Ces moments d’échange et de partage avec ma fille m’ont fait pensé à ce que l’on appelle « grâce et courtoisie », dans la pédagogie Montessori.

Ce terme, peut-être un peu vieillot, désigne un aspect important du vivre ensemble. Il s’agit d’un ensemble d’exercices et de règles de vie qui ont pour objectif de guider l’enfant vers le respect de ce qui l’entoure. Il n’y a pas de « liste » d’activités, puisque chaque environnement a ses règles. Chez nous, donc, on ne cueille pas les fleurs (même pour les offrir). Cette règle (que l’on verbalise en positif, sous forme « les fleurs restent plantées dans le sol ») est accompagnée d’instants où je lui montre comment sentir une fleur sans l’abîmer, comment contourner une fleur ou un massif, caresser un arbre sans arracher son écorce, arroser une plante sans casser ses tiges… je lui propose de vivre des instants de grâce et courtoisie.

Lorsque je partage sur ma page Facebook une vidéo d’une ambiance Montessori, lorsque j’en parle avec des parents ou des professionnels, j’ai régulièrement le même étonnement: ces enfants ont l’air si calmes, ils semblent si bien s’entendre, être respectueux. Je les « rassure »: les conflits existent bien entre les enfants, tout n’est pas tout rose… mais il est vrai que la pédagogie Montessori favorise le développement de certaines compétences sociales: attendre son tour, respecter l’espace de travail de l’autre, marcher au lieu de courir, chuchoter au lieu de crier, demander de l’aide plutôt que d’interrompre… Comme je le répète toujours: rien de magique, juste « grâce et courtoisie »!

 

Manipuler le matériel avec grâce…

Dans la pédagogie Montessori, nous avons à cœur de montrer à l’enfant comment manipuler le matériel de sorte à le préserver, éviter de l’abîmer. Le but est de manipuler « avec grâce »: délicatement, doucement, en faisant le moins de bruit possible pour ne pas déranger les autres mais aussi pour ne pas abîmer la laque du matériel ou pour éviter de casser la vaisselle.

Ainsi, dès son arrivée, nous montrons à l’enfant comment déplacer un plateau, ranger une chaise (ce sont les exercices préliminaires de la vie pratique) ou bien comment manipuler les clochettes, tenir les blocs des emboîtements cylindriques, déplacer les cubes de la tour rose… Nous vivons donc tous les jours au rythme de « grâce et courtoisie ». Et nous-mêmes, nous agissons avec une très grande minutie, un très grand respect du matériel: jamais il ne me viendrait à l’idée, par exemple, de marcher sur un tapis! Un tapis est une zone de travail au même titre qu’une table, et j’invite l’enfant à respecter son environnement en le respectant moi-même. Je fais cela via une présentation: dérouler un tapis, marcher lentement et minutieusement autour du tapis en invitant l’enfant à me suivre et à faire de même. Je ralentirai encore et accentuerai mes efforts aux virages, pour surtout bien montrer que je ne marche pas sur le coin du tapis. Cette présentation va « impressionner » l’enfant (au sens, faire une impression dans le cerveau), ce qui me permettra, par la suite, de rappeler la règle bien plus efficacement: ici, dans l’ambiance, nous contournons les tapis. 

De plus, le matériel Montessori est souvent onéreux: nous devons donc faire très attention en le manipulant. Il n’est ainsi pas « normal » qu’un matériel neuf soit abîmé au bout de quelques mois d’utilisation: cela veut souvent dire qu’il manque un travail au niveau des règles de l’ambiance et de l’application de cette fameuse « grâce et courtoisie ». L’intégration de ce respect de l’environnement se fait via les activités de vie pratique du soin de l’ambiance, la vie au quotidien avec son rappel des règles… et le temps, nécessaire à l’intégration de tout cela. Ainsi, si vous souhaitez mettre en place la pédagogie Montessori, que ce soit chez vous ou dans votre classe (ou votre section), commencez toujours par « grâce et courtoisie »: c’est la base de l’environnement, avant même d’ajouter du matériel, ou de changer les activités.

… et agir avec courtoisie!

Au-delà de l’utilisation du matériel, la pédagogie est un art du vivre ensemble. Nous sommes donc invités à agir avec « courtoisie », que ce soit entre adultes ou avec les enfants. Cela passe, par exemple, du fait de rendre service à un camarade qui nettoie le sol et a besoin d’un coup de main, à la façon de regarder un camarade qui travaille, sans le déranger: garder une distance raisonnable, sans parler, sans toucher ce que l’autre est en train de faire….

Cela comprend également toutes les règles de vivre ensemble: se saluer, se remercier, demander, s’entraider… Là aussi, l’adulte est le modèle de l’enfant: nous nous devons absolument de respecter ces règles. Ces règles sont propres à chaque environnement et dépendent des coutumes, des rituels, des valeurs et de leurs équivalences concrètes en fonction du milieu. Traditionnellement, ces règles de vie en communauté peuvent faire l’objet de « répétitions », via des saynètes que l’on adaptera en fonction des besoins: répondre au téléphone, se dire bonjour, demander un renseignement… Un des rituels très fréquents dans les établissements Montessori est le salut du matin: l’éducateur propose à l’enfant de lui dire bonjour en lui tendant la main, par exemple.

Tout ceci n’est pas « ringard », c’est la base d’une relation apaisée à soi et à l’autre. Ce n’est pas non plus valable que pour l’enfant, sinon nous tomberions dans une optique autoritariste (« fais ce que je dis et pas ce que je fais »). Et ce n’est pas non plus un « truc de bobo »: la courtoisie est accessible à tous pourvu que l’on y mette un peu du sien.

Agir avec courtoisie, c’est offrir le meilleur de soi à l’autre, c’est une marque de respect, et c’est aussi une marque de considération envers les facultés de l’enfant.

Attention: obliger un enfant à dire bonjour ou pardon ne rentre pas dans le cadre de « grâce et courtoisie », ni même de la bienveillance tout court. Pour qu’un enfant intègre les rites, il lui faut du temps et un adulte qui lui montre la voie sans le braquer. Il trouvera SA façon de dire bonjour, merci ou pardon, et surtout lorsque l’adulte lâchera prise si cela provoquait des tensions.

Source: Le maitre est l’enfant (film)

Source: Four seasons Montessori

L’enfant est une éponge, donnons-lui de belles choses à absorber… et il finira par refléter ce qu’il a absorbé! En attendant, faisons confiance, lâchons prise… et agissons nous-mêmes avec « grâce et courtoisie ».