Il y a quelques semaines de là, Tiffany, stagiaire de la formation Montessori 0-6 ans et maman d’une petite Jade, deux ans, partageait son expérience de quinze jours « sans jeux ». Si vous ne l’avez pas lu, il est dispo ici.
Lorsque, en équipe, nous avons abordé ce carnaval d’articles autour du jeu (pour retrouver tout le programme c’est ici), nous avons repensé au témoignage de Tiffany, et nous avons eu envie de revenir dessus, pour vous partager quelques pistes autour du jeu « sans jouets ». Cela ne veut pas dire qu’il faut tout enlever. Mais, avez-vous déjà remarqué que vos enfants jouent parfois plus avec le carton d’emballage du jouet, qu’avec le jouet offert? Que le jouet offert est délaissé au bout de quelques minutes ou quelques jours? Ici vous retrouverez un article du blog sur ce sujet.

Pourquoi l’enfant délaisse un jouet?

Il peut y avoir plusieurs raisons: il y en a trop dans l’environnement de l’enfant, le jeu n’est pas adapté (trop facile, trop difficile) et/ou il a un pouvoir d’exploration faible.
Un jeu dont le pouvoir d’exploration est faible, est un jeu dont l’utilisation est très limitée. Typiquement, les jeux industriels. Voici un extrait d’un précédent article, qui illustre ce point:

Un jouet électronique, par exemple, a un pouvoir d’exploration assez faible : l’enfant l’allume en appuyant sur un bouton, il explore rapidement les différentes fonctionnalités, suit un jeu… et en fait assez rapidement le tour. Vous trouverez ce problème dans la plupart des jouets dits « modernes », qui se veulent « éducatifs ». Au final, et même assez rapidement, le jouet est délaissé.

 

Qu’est-ce qu’un jeu « industriel » et pourquoi ne pas s’en contenter?

Un jeu industriel est un objet manufacturé. Pensé et créé par des adultes, pour des enfants. Cela ne veut pas dire que ça n’est pas intéressant, c’est juste qu’il y a des critères importants à connaître pour bien les choisir. Dans les prochains articles, nous vous proposerons des « focus » sur certains types de jeux (symboliques, extérieurs, d’imagination, de construction)… Mais je pense qu’avant même d’acheter des jouets, il est important qu’un enfant découvre et s’amuse avec ce qui l’entoure, qu’il apprenne à s’amuser avec « rien »: des cailloux, des bâtons, des pommes de pin, de l’eau, du sable, de la terre, quelques gobelets… Pourquoi? Parce que ce type de jeu est un jeu « ouvert », comme l’histoire de la pelote de laine, que Morgane, ancienne stagiaire, a vécue:

L’histoire de la pelote de laine, c’est une maman qui achète un jour 3 pelotes de laine à 50 centimes, et qui les ramène à la maison. De semaines en semaines, après l’école, ses enfants et leurs petits copains jouent avec en créant tout un univers : ils relient tous les meubles de la maison entre eux, coupent des bouts (des petits, des grands) pour en faire une «soupe»… ça les a occupé des heures et des heures ! 3 pelotes de laine.
Cette laine, c’est exactement ça : un objet à très forte valeur créative.

Encore une fois, il ne s’agit pas de supprimer les jeux manufacturés, mais de proposer à l’enfant, en plus, un jeu plus libre, plus ouvert, plus créatif. L’approche Reggio met cela en valeur, grâce aux Loose Parts (tous nos articles sur Reggio ici).

Jouer « avec rien » a des bénéfices pour les enfants:

  • Développer l’imagination, l’imaginaire: des coussins peuvent devenir un château, des pommes de pin peuvent devenir des trésors… l’enfant se raconte des histoires, développe son langage et se projette dans un univers particulier.
  • Apprendre à s’occuper tout seul, sans avoir besoin de sollicitations permanentes de la part de l’adulte. Cela développe l’autonomie, permet l’auto-éducation et apprend l’ingéniosité. Ce n’est pas du dénuement, c’est une véritable démarche d’amener l’enfant à créer son activité lui-même.
  • Trouver des solutions, imaginer des situations… développer sa créativité.

Voici un petit exemple. Un touret devient un support pour rehausser une planche de bois et créer une pente. Des morceaux de bois deviennent des palets. L’enfant a tout créé lui-même, et s’amuse après avoir construit son propre jeu:

Comment jouer « avec rien »?

Comment jouent réellement les enfants? Naturellement? Instinctivement? Observez un bébé, un tout petit.

Interrogez vos parents, vos grands-parents. A l’époque où il y avait moins de jouets, où l’industrie n’avait pas encore envahi le domaine de la puériculture et de l’éducation. Avec quoi jouaient-ils? Avec pas grand chose. Et en même temps, c’était tellement créatif, inventif!

J’aime la vidéo suivante, qui montre justement comment jouent réellement les enfants quand ils jouent « avec rien »:

 

Jouer « avec rien » ne signifie donc pas ne rien avoir pour jouer! 

Jouer « avec rien », c’est jouer avec des objets qui ne sont pas considérés comme des jouets. C’est complètement différent! Et comme expliqué plus haut, jouer avec des objets qui n’ont pas été pensés comme des jeux par des adultes, pour des enfants, et bien cela ouvre les perspectives de création!

Comment faire, donc. La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas grand chose à faire! Un peu de récup, un soupçon d’ingéniosité et les enfants feront le reste! C’est LE secret: proposer mais laisser l’enfant disposer à sa guise, sans s’en mêler.

Voici quelques astuces:

  • Profitez des balades dans la nature et de la tendance naturelle des enfants à faire des collections, pour récupérer des matériaux naturels comme de la mousse, des branches, des feuilles, des châtaignes, des bogues, des faines, des coquilles d’escargots…
  • La chasse aux trésors dans vos greniers, caves, armoires de mamie, tata et compagnie… vieux anneaux de rideau, gouttières en plastique, napperons, anciens couverts, malles…
  • La récup: rouleaux de papier toilette, cartons, boites diverses…
  • Des matériaux « bruts » comme la laine, le tissu, le bois, le métal…

Une petite vidéo pour vous montrer ce que cela donne: