Il y a super longtemps, je bossais déjà avec des enfants. 

J’étais étudiante. 

Et j’avais un job d’été. 

Bref, je travaillais avec des enfants. 

Un jour, un petit garçon s’est approché de moi. 

Il m’a tendu son dessin. 

„Il est joli!“, ai-je naïvement répondu. 

Oui…

J’ai répondu ça. 

A mon corps défendant, j’avais 21 ans. 

Et pas de formation Montessori ou autres à mon actif. 

J’ai fait ce que beaucoup font: répondre sans vraiment réfléchir. 

Par habitude. 

Par conditionnement. 

Ce regard, je ne l’oublierai pas. 

Il m’a fixée droit dans les yeux. 

N’a rien dit. 

Est retourné s’asseoir. 

Puis, il est revenu me voir. 

Avec un autre dessin. 

Moins „bien“ fait. 

Moins „fini“. 

Moins „joli“. 

J’ai regardé le dessin. 

Je l’ai regardé. 

Et j’ai répété: „Il est joli ton dessin“. 

Il n’a rien dit. 

Il m’a regardé. 

Il est retourné s’asseoir. 

Et il est revenu. 

Avec un troisième dessin. 

Encore „moins joli“. 

Et là j’ai compris. 

J’ai compris que je m’étais mise dans un sacré pétrin. 

J’ai dit, la voix tremblante: „Il est joli ton dessin“. 

Je ne savais pas ce que j’étais censée dire. 

Il n’a rien dit. 

Il m’a regardée. 

Il est reparti. 

Puis il est revenu. 

Avec une feuille. 

Et sur cette feuille… 

Un trait. 

Voilà. 

Prise au piège. 

Limite en panique. 

Je ne savais pas ce que je devais faire. 

Mais j’ai compris ce jour-là ce que je ne devais jamais faire. 

Comment faire autrement? 

Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre, tester, et me tromper encore. 

Mon objectif aujourd’hui? 

Vous permettre d’aller plus vite que moi.  

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