Suite à l’article rédigé par Delphine sur le burn-out parental, je voulais vous partager quelques témoignages de mamans (et oui, nous n’avons pas eu de témoignages de papas, pourtant ils ne sont pas épargnés!) ayant vécu ou vivant cette épreuve.

Chaque expérience est différente, chaque témoignage apporte donc des nuances aussi émouvantes qu’intéressantes à découvrir. Notre objectif: vous aider à vous sentir moins seul(e) si vous traversez un burn-out et sensibiliser à cette « maladie du siècle ». 

Je remercie sincèrement les personnes qui ont osé témoigner, pour briser le tabou du burn-out parental. 

Je compte sur votre extrême bienveillance pour ne pas juger, et accueillir ces témoignages avec toute la douceur et l’empathie qu’ils méritent.

Tous ces témoignages sont anonymes. Les noms ont été changés pour assurer le respect de la vie privée des témoins. 

 

Le burn-out, comment cela a-t-il commencé pour vous?

Je suis hyperactive et je n’ai jamais appris à écouter ni mon corps, ni mes limites, ni mes besoins ni même mes émotions. Par ailleurs j’étais assez mal informée sur des bases d’hygiène de vie et alimentaire… ça a donc commencé lorsque j’attendais notre 1er enfant. J’ai vécu ma grossesse en étant insomniaque. Je cherchais du travail et étais anxieuse d’accueillir cet enfant dans des incertitudes financières. J’ai eu également envie d’accueillir notre enfant à la campagne, plus proche de mon idéal que le centre ville de Lyon où nous habitions. Je me suis lancée, en plus de mes recherches actives de travail ET de mes divers investissements bénévoles dans une quête de nouveau nid. Nous avons acheté notre 1ère maison lorsque j’étais enceinte de six mois…pour atterrir dans une maison totalement à rénover lorsque j’étais enceinte de 8 mois. Je contractais beaucoup….je n’avais plus la force de déballer les cartons et j’étais très frustrée. Je ne connaissais personne aux alentours et nos deux familles étaient loin. Mon mari était assez peu à l’écoute et je ne parvenais pas à exprimer mes besoins, que j’ignorais moi même par ailleurs. Je souhaitais accoucher naturellement et j’ai accouché en 40h…10 jours plus tard nous allions à un mariage à Paris, 250 personnes. J’étais très anxieuse à l’idée de me retrouver seule au retour avec ce petit être qui pleurait beaucoup et que je ne parvenais pas à calmer (3 mois de coliques). J’ai décroché un travail 15 jours avant mon accouchement. Ils souhaitaient que je démarre le plus vite possible…je n’avais pas de mode de garde…

Marion

Le burn-out s’est installé insidieusement, on ne le voit pas s’installer, on devient de plus en plus irritable, d’abord avec ses ami.e.s, ses proches, son mari, face à des paroles de leur part qui ne sont pas méchantes mais que l’on va prendre super mal parce que on est super irritable. C’est tellement dur d’entendre tous les jours ou régulièrement , « mais tu peux te reposer toi, tu es à la maison !!! » venant de personnes qui travaillent à l’extérieur. Il pense qu’en travaillant chez moi, en parallèle avec la gestion de ma famille je peux me reposer, après tout c’est cool je n’ai pas de patron ! Si mes patrons c’est les parents que j’accompagne justement, et à côté j’ai toute la charge mentale du foyer sur moi et tout à faire. Mon mari est absent de la maison pour son travail de 7h à 19h voir 20h30 !!!! Donc je n’arrête jamais, mes journée sont du H24. 
J’ai décidé de ne pas faire grandir mes enfants dans les VEO (violences éducatives ordinaireset les douces violences, parce-que ça a trop laissé de marque sur ma confiance en moi, mon estime de moi. Alors avec mon mari nous sommes bienveillants et fermes avec nos enfants et complètement  dans un accompagnement positif et responsable. Sauf que du coup, j’ai eu sûrement tendance à m’oublier, à vouloir tout gérer de front et avec cette charge mentale où tu ne délègues pas parce-que si tu délègues c’est pas fait comme toi tu le veux…. Donc on ne voit pas le burn-out s’installer, il est insidieux, et tellement progressif que on se dit on est fatigué , on va se reposer et ça ira mieux…. Mais non…

Carole

Pendant des années j’ai carburé à fond, à 200 km/hr avec peu de sommeil et j’ai essuyé 3 embolies pulmonaires, sans qu’on ait trouvé la cause. En fait, mon corps s’est attaqué à lui-même. J’ai essuyé de multiples cystites et mycoses et j’ai commencé à être migraineuse. Je pense que c’était le début d’une descente dont moi-même je ne me rendais pas compte justement parce que j’étais à 200 km/hr.
Un jour je me suis écroulée au travail. Parce que l’adjoint de mon nouvel Ambassadeur m’a fait comprendre que c’était mieux d’être présente tout le temps au bureau. Alors que pendant 5 ans j’ai eu l’accord des 2 précédents ambassadeurs de faire du télétravail quand la santé de ma fille autiste nécessitait ma présence (qu’elle revenait de son internat -IMPRO). Je n’ai pas réussi à obtenir clairement leur accord. 

Stéphanie

Comment cela se manifeste pour vous? Qu’est-ce qui est le plus difficile?

Le burn-out s’est manifesté par de l’irascibilité voire de l’agressivité, des maux de tête, des vertiges, des nausées, de la déprime, le sentiment de ne pas y arriver, d’être dépassée, à côté de la plaque et de « mes pompes ». 
Ce qui est le plus difficile pour moi est de lâcher prise et d’accepter la situation. De demander de l’aide. De me poser et d’accepter de commencer par me reposer et me recentrer sur moi. De me déculpabiliser. 

Marion

J’aime mes enfants mais j’étouffe, j’étouffe, j’ai l’impression de tout donner pour eux, mon époux, ma famille que je ne prends pas de temps pour moi. Et puis, un jour tu as beau aimer tes enfants de tout ton être, tu hurles d’abord régulièrement sur ton mari et tu ne supportes plus la moindre opposition de tes enfants. Quand d’habitude dans ces cas là tu entends leur point de vue et recherche des solution ensemble, là tu arrives à un point où tu ne peux pas et tu leur hurles dessus, parfois de façon méchante. Et là tu t’aperçois du monstre que tu es et que tu veux à tout prix éviter. Le plus difficile est de se pardonner du mal que l’on a fait avec notre violence verbale sur la chair de notre chair, en fait c’est une chose que je ne me suis clairement pas encore pardonnée et le plus dur et de revoir son passif éducatif ressortir comme de véritables démons dans ces moments là. Mettre tout le monde en souffrance alors que c’est soi-même d’abord qui est en souffrance. 

Carole

Le plus difficile c’était d’avoir perdu le seul endroit où je n’avais pas de problème. Quand je travaille, je ne pense qu’au travail et non pas aux soucis autour de ma fille. J’y charge la batterie, même si l’équilibre est fragile. Il a suffi de cette (grosse) gouttes pour que je m’écroule.

Stéphanie

Comment en êtes-vous sorti? Qu’est-ce qui vous a le plus aidé?

J’ai accepté la situation et n’ai pas renouvelé mon contrat à durée déterminé. J’ai accepté de continuer à faire garder mon bébé pour prendre enfin le temps dont j’avais besoin pour me recentrer, dormir et faire ce qu’il faut pour m’occuper de moi. Je me suis entourée de « bonnes personnes », soutenantes et empatiques, compréhensives. J’ai demandé de l’aide (pour les travaux de la maison notamment), et j’ai trouvé un bon médecin naturel qui m’a apporté ce dont j’avais besoin pour me remonter. (compléments alimentaires, oligoéléments, Fleurs de Bach, aromathérapie). J’ai aussi enlevé les laitages et le gluten de mon alimentation. En 3 mois j’avais retrouvé la forme physique et psychique.

Marion

Je ne m’en suis pas encore sortie mais je suis sur la voie, déjà en prendre conscience et l’accepter est particulièrement important. Ensuite compter sur une ou des ami.e.s en qui vous avez confiance et qui ne vous jugeront pas. Prendre du temps pour soi, faire ce qu’il nous plait. S’écouter.
Depuis le clash avec mes enfants qui m’a fait prendre conscience de ce que je vivais, dès que je ne supporte plus ni mon mari ni mes enfants je m’isole, je respire, je pars à l’identification de mes émotions, pourquoi je suis comme ça et que puis-je faire pour que cela aille mieux. Je m’oblige aussi également à prendre du temps rien que pour moi et à faire des choses seule rien que pour moi. savoir couper pendants quelques instants, quelques heures, voir une journée avec le quotidien enfants-mari me fait aussi un bien fou. Et je m’aperçois que depuis que je prends régulièrement ces temps-là pour moi je gère mieux mes émotions et donc mon comportement face à mes enfants.

Aujourd’hui je me sens mieux, je redeviens une mère bienveillante et un lien sécure pour mes enfants. Par contre je crois que quand on passe par le burn-out maternel et parental, on reste à l’éveil du moindre signe d’alerte et j’en parle beaucoup plus autour de moi aux mamans que je vois à 500% pour leur famille et peu pour elles. 

Carole

Je pensais m’en être sorti avec l’aide d’un psychiatre et de l’hypnose de pleine conscience. Et de garder ma petite-fille un jour par semaine. De reprendre le dessin. D’aller me reposer auprès de ma maman, la seule qui prend vraiment soin de moi. Sans que j’ai besoin de demander. Qui me dorlote.
J’ai fait une rechute. Mon employeur a mis pas mal de pression sur l’augmentation de mes heures de mi-temps thérapeutique, alors que je les dépassais déjà, pour le bien du boulot. 

 

Stéphanie

Qu’auriez-vous envie de dire à la personne que vous étiez avant le burn-out? 

Ecoute toi. Fais toi confiance. Tu connais le chemin. Tu vas y arriver. 

Marion

Ce que j’aurai envie de dire, c’est prends soin de toi, écoute toi, prends des moments pour toi, ta famille, ton mari et tes enfants seront bien si tu es bien. Alors soit bienveillante et à l’écoute de toi-même. Je sais que ce n’est pas facile dans la société de fou où l’on vit aujourd’hui et c’est pourtant primordial si on ne veut pas être mangé par ce crocodile qui est le burn-out.

Carole

Apprends à dire non.
Mets-toi à ton compte, et à mi-temps, ce qui te laisse le temps de prendre soin de toi, mais également pour être disponible quand il faut et qui te laisse le temps de te former sur le handicap, de prendre le temps d’être à l’affût des informations ce concernant.
Arme-toi de patience.
Fais du yoga et du sport toutes les semaines. Aucune excuse (sauf maladie) vaut l’annulation.
Ecoute ton corps.
Dors assez
Ralentis.

 

Stéphanie

Qu’est-ce que vous auriez envie de dire aux personnes qui sont en plein dedans?

N’hésitez pas à en parler. Vous n’êtes pas seul(e)s. Les ressources existent et il n’est nul besoin de culpabiliser. C’est un chemin comme un autre pour apprendre à prendre soin de soi et à prendre soin des autres. Il n’y a pas de bon ou de mauvais chemin. Ce qui compte, c’est ce que l’on en retient…et le chemin de transformation que cela peut ouvrir. 

Marion

On s’en sort, il faut de la force, du courage, de l’acceptation, de l’écoute et du soutien. C’est à nous de trouver les bonnes oreilles, les bons bras qui peuvent nous aider à sortir de ce terrible moment. Certains seront des pro, d’autres auront la chance d’être entouré comme moi de personnes merveilleuses, mais surtout entourez-vous de personnes ne jugeant pas. Apprenez à déléguer aussi, c’est tellement important. Si c’est pas fait tel qu’on le souhaite ce n’est pas grave. L’essentiel c’est que ce soit fait. S’obliger à prendre du temps pour soi,
Etre bienveillant et aimer les autres ne peut se faire que si l’on est bienveillant avec soi-même et que l’on s’aime aussi soi-même. C’est un processus long et qui est chaque jour un défi mais c’est aussi pour pouvoir sortir de ce burn out que ce défit est primordial et qu’il faut tenter de le relever chaque jour. Quand on y arrive pas, nous en avons le droit, on se pardonne, on étudie comment on peut faire autrement, ce que l’on peut mettre en place la prochaine fois, et on retente pour ne pas perdre courage.

Carole

Soyez honnête avec vous-même.
Si vous consultez un psychiatre qui ne vous convient pas ; changez-en !
Prenez enfin le temps pour vous et lâchez prise.
Faites une vraie cure Thermale, si vous pouvez vous le permettre.

Stéphanie