Aujourd’hui, en tant que parents ou professionnels de l’éducation, nous recevons beaucoup de messages d’information et de prévention sur l’effet de l’exposition des enfants aux écrans. Serge Tisseron nous indique l’utilisation « idéale » des écrans et a synthétisé tout son travail avec le fameux « 3-6-9-12 ». Vous pouvez télécharger l’afficher « Apprivoiser les écrans et grandir » via ce lien.

Il y a quelques mois, j’ai donné une conférence sur la gestion bienveillante des écrans. Durant cette conférence, beaucoup de parents se sentaient concernés par les questions suivantes: comment faire sans écran? comment occuper les enfants? comment faire le matin ou le soir, pendant que nous préparons le repas?

Ces parents avaient bien conscience que mettre un enfant devant la télé ou un jeu vidéo pendant qu’ils font autre chose n’est pas terrible… mais comment faire autrement?

Je pense que si on veut vraiment faire en sorte que les enfants soient moins devant les écrans, il ne faut pas se contenter de dire que les écrans c’est pas bien. Le vrai problème, la vraie question derrière la question des écrans, c’est comment faire sans, aujourd’hui?

Pour ma part, je pense que le jeu a une grande place dans ce sujet et ce débat. Le jeu est la réponse à beaucoup de questions posées ci-dessus.

Comment faire sans écran? En jouant!

Je ne suis pas là pour diaboliser les écrans. Il est parfaitement illusoire de croire, dans le monde qui est le nôtre, qu’un enfant peut totalement grandir sans écran… à moins de ne pas en avoir du tout soi-même! Quand, comme moi, vous avez une consommation d’écran qui est ce qu’elle est (je ne parle pas des addictions), nos enfants nous voient manipuler ces objets lumineux. Ils y ont donc accès plus tôt que ce qu’on aurait voulu initialement. Plutôt que se flageller, en se disant que c’est mal, nous pouvons mettre en place des stratégies pour mettre le jeu au centre de nos vies de famille, afin que les écrans ne prennent pas TOUTE la place et qu’ils restent dans une utilisation raisonnée.

Le rituel est un outil très puissant, pour l’être humain en général, et pour l’enfant en particulier. Ritualiser le jeu, en faire un moment particulier et spécial vous permettra de mettre en place de nouvelles habitudes…

Voici 3 exemples: 

  • Pour remplacer les écrans après le repas du soir: proposer de mettre en place le rituel du jeu en famille. Dans une étagère, mettez en place quelques jeux de société et de coopération, spécialement réservés aux moments en famille. Chaque soir, demandez à vos enfants de sortir une boite, et jouez tous ensemble. Une partie de jeu de société dure de 20 à 40 minutes pour les plus longues. Vous pouvez choisir des jeux parmi les plus rapides, si vous n’avez pas beaucoup de temps. Mais ces 20 minutes là devraient être entièrement consacrées au jeu: pas de téléphone, pas de télé, juste de la présence.
  • En fonction de votre organisation familiale, vous pouvez mettre en place d’autres rituels autour du jeu: le jeu en extérieur, le dimanche, par exemple. Ramasser les marrons, faire un mandala avec des feuilles, courir, jouet à chat… et si vraiment le temps est trop mauvais, pourquoi ne pas engager un jeu plus « physique » en intérieur? Allez voir notre article sur les jeux de chamaille, si vous ne l’avez pas encore lu. Et sans parler de cela, construire une cabane avec les coussins du canapé, créer un parcours de psychomotricité dans la chambre avec le matelas et les oreillers… et participez au jeu de vos enfants si vous en avez envie!
  • Au supermarché, je vois de plus en plus d’enfants dans les caddies avec le téléphone à la main. Ou à l’aéroport, en attendant l’avion. Ou encore chez le médecin, dans la salle d’attente. Là aussi, il est possible de remplacer les écrans par le jeu. Avec ma belle-fille nous avions l’habitude, lorsque nous étions en vacances, en fin de repas, de jouer à un jeu qui nous amusait beaucoup. Une personne lançait une lettre, et chacun notre tour, nous devions donner un mot qui commençait par cette lettre. Lorsque je l’ai rencontrée, ils avaient déjà ce rituel. Je l’ai adopté pour mon plus grand plaisir, car il était vraiment un ciment très puissant pour notre nouvelle famille. Chacun peut donner des mots en fonction de ses intérêts, de son âge… et cela crée une très bonne ambiance. C’est un jeu qui ne nécessite aucun matériel, qui peut être pratiqué partout… au supermarché comme à l’aéroport.
  • Si votre enfant est un accro aux jeux vidéo… il existe bien sûr pleins d’astuces pour limiter son temps de jeu (timer, par exemple). Mais pourquoi pas ne pas s’intéresser à son jeu vidéo… et jouer avec lui? Pourquoi ne pas utiliser ce type de jeu pour resserrer les liens entre membres de la famille? Cela permet en plus de proposer à l’enfant un temps d’échange autour du jeu, surtout s’il s’agit de jeux un peu « violents » (c’est un terme qui est en lien avec mon ressenti d’adulte, purement subjectif donc). Là aussi, nous pouvons jouer avec eux et faire de ces jeux qui nous semblent vides de sens des moments très forts en famille.