Chère Maria,

Je pense très souvent à vous. Depuis une dizaine d’années maintenant, vous m’accompagnez sur mon chemin.

Parfois, je suis triste de voir ce que le monde a fait et retenu de votre pédagogie, le travail de toute une vie. Quarante ans de recherche et de dévouement restreints à… du matériel. Et encore, du matériel qui, bien souvent, n’a juste rien à voir avec les lois naturelles du développement de l’enfant que vous avez mises en avant.

Parfois, je suis perplexe, de la rigidité de certains formateurs et éducateurs qui agissent en votre nom. « C’est pas Montessori », voilà ce que l’on m’a dit lorsque j’ai publié une photo de votre troisième boîte de couleur, disposées en soleil autour d’une bougie. Chère Maria, pour moi, cette phrase ne veut rien dire, car je garde dans ma tête et dans mon cœur une phrase de vous : « Continuez après moi ».
Nous sommes en 2019, et si l’enfant est toujours le même, la société, elle, a changé, de même que notre niveau de connaissances sur beaucoup de sujets. En grande scientifique que vous avez été, je sais que vous auriez continué à adapter votre matériel aux avancées de la science, et que vous ne seriez pas restée sur les choses que vous avez découvertes. La preuve en est : vos différents ouvrages, édités tout au fil de votre vie, montre bien cette évolution, ces changements apportés. Vous ne vous contredisez pas, non, vous évoluez. Puissions-nous garder cette intelligence, pour toujours remettre en question nos croyances et continuer à nous montrer ouverts et curieux. Merci de cela.

Parfois, je suis plus optimiste, devant le nombre de crèches et d’écoles qui se réclament de votre pédagogie. Cela ne peut apporter que du bon aux enfants qui en bénéficient… même si votre travail n’est pas toujours compris dans sa globalité et son humanisme. Il y a beaucoup de remise en question, ces dernières années. Des enseignants, des éducateurs… qui lancent un nouveau mouvement, un nouveau souffle, qui veulent révolutionner leurs pratiques et refonder le système éducatif. Jamais depuis 50 ans, les pédagogies actives n’avaient eu autant la cote, n’avaient pris autant d’ampleur. C’est une révolution pédagogique qui se met en place et qui remet l’enfant à sa place : au cœur du processus pédagogique. C’est, malgré toute la morosité et l’angoisse ambiante, un grand oui à la vie. Un optimisme qui met fait penser au vôtre, lorsque vous avez commencez à développer votre approche auprès des enfants déficients. Merci de nous redonner foi en l’enfant, il en avait tellement besoin !

La plupart du temps, je suis confiante, de voir que tout ce mouvement est soutenu et voulu par beaucoup de parents. Ils ont compris qu’il fallait refonder l’école. Car oui, après vous, le soufflet est un peu retombé. Les choses n’ont pas forcément avancé comme vous l’auriez souhaité. Il a fallu attendre un peu. De ma petite expérience personnelle, je vois bien que de plus en plus de gens sont prêts pour ce changement. En 10 ans, beaucoup de choses ont changé. Les consciences et les esprits s’ouvrent. Le monde, plus que jamais, est prêt à vous accueillir. Je fais de mon mieux pour transmettre vos travaux et soutenir ce bel élan. Merci de me permettre d’œuvrer pour le monde, et de faire ma part.

Aujourd’hui, nous sommes le 8 mars 2019. C’est la journée internationale des droits de la femme. En 2019, nous en sommes encore là. A avoir besoin d’une journée pour souligner l’importance d’avoir des droits. L’égalité des salaires pour laquelle vous aviez déjà lutté en votre temps, est une question toujours d’actualité. Ainsi que tant d’autres sujets, malheureusement. Mes contemporains le savent moins, mais vous avez été une grande féministe.

Vous avez mis votre vie au service des enfants. Mais vous êtes aussi un modèle, en tant que femme. Vous faites partie de celles qui ont changé le monde. Et qui le changent encore, des années après leur disparition.

Vous êtes bien plus qu’une mode.

Vous êtes bien plus que du matériel.

Vous êtes bien plus qu’une manne financière.

Vous êtes une femme.

Extraordinaire d’intelligence et de bienveillance.

Merci.  

Victoria Noiset