La maternité est une sacrée aventure. Belle, la plupart du temps. Cela ne veut pas dire qu’elle soit simple. Parfois, c’est même carrément difficile. 
Et c’est un sujet tabou. Une sorte de « glorification » de la parentalité nous empêche bien souvent d’exprimer nos difficultés.
– Comment? Tu l’as pourtant voulu cet enfant?!? 
Cette semaine, Marjory reprend sa Chronique de l’Educatrice devenue Maman. Et oui, parce que même quand on est pro de la petite enfance, ça ne veut pas dire que c’est facile! Elle a écrit cette lettre pour toutes les mamans en devenir, et celles qui le sont devenues. 

***

« Tu verras, avoir un enfant c’est l’aboutissement de toute une vie !», « Tu n’aimeras personne aussi fort que ton enfant », « De toute façon quand ce sera le moment, tu le sentiras en ton fort intérieur que tu seras prête à devenir mère », « Sois sans craintes, au premier regard, ce sera l’amour fou », « En étant enceinte tu dévelopes l’instinct maternel qui te permet, entre autres, de reconnaître les pleurs de ton nourrisson entre mille » … Voilà quelques phrases que j’ai entendues lorsque l’on me demandait « Alors les enfants c’est pour quand ? » et que je répondais « Oula… Je ne me sens absolument pas prête ! »

Le jour où je me suis sentie prête est arrivé ! Le désir d’enfanter est en effet, dans mon cas, venu toquer à ma porte naturellement. J’ai eu l’opportunité et la chance de profiter et vivre pleinement ma grossesse : pas de stress dû au travail puisqu’ « évincée » à trois semaines. Prendre le temps de vivre ma grossesse, de sentir les changements dans mon corps et mon coeur, d’éprouver les premiers mouvements de mon tout-petit, de partager avec son Papa les prémisses de notre relation grâce à sa main posée sur mon ventre dans laquelle il venait instantanément se lover, d’observer inlassablement mon ventre se déformer sous ses mouvements, … Sentir grandir mon petit homme fut un bonheur intense (difficilement mesurable en réalité) et mon attachement à lui grandissait de jour en jour. J’étais toujours impatiente de le voir aux échographies et de m’assurer qu’il grandissait bien. J’étais curieuse de découvrir à qui il ressemblerait sans avoir d’images précises pour autant. Son prénom m’est apparu comme une évidence quand j’ai appris son existence dans mon ventre ; alors que quand son Papa m’avait proposé ce prénom je n’étais pas emballée…

Hé oh ! Il y a quelqu’un ? Ou vous êtes tous catapultés dans le monde des bisounours de la grossesse ?? Et si nous évoquions maintenant les doutes, les peurs, les difficultés de cet univers qui s’ouvrent à nous, jeunes parents ? Et qui restent encore bien trop souvent non accueillis….

Vais-je être à la hauteur ? Serai-je une bonne maman ? Et puis c’est quoi être une bonne maman ? Est-ce que je l’aimerai suffisamment ? Avec cette peur sous-jacente de mal faire, de faire des erreurs qui abimerait mon tout petit… Heureusement, j’ai vu la vidéo de Céline Alvarez sur la plasticité cérébrale qui explique « Retenons bien cela, le cerveau (…) conserve les connexions des expériences les plus fréquentes. (…) ce sont nos choix et nos habitudes qui vont renforcer certaines connexions et en éliminer d’autres » (pour voir cette vidéo c’est par ICI) ce qui me permet de relativiser : je ne suis pas une mauvaise mère quand je demande à mon petit homme de patienter (à 19 mois) parce que là, maintenant, tout de suite j’ai vraiment trop faim… et que j’ai besoin de mes deux mains, de mes deux bras et de ma mobilité pour me sustenter… Et pourtant… Indéniablement c’est ce que je vais ressentir…

Revenons aux premiers temps qui ont succédé l’arrivée de notre petit homme dans notre monde. C’est une chose d’être propulsée dans le statut de Mère par la naissance de mon enfant (au sens de mère nourricière), cela en est une autre que de devenir et trouver sa place de Maman (au sens de personne qui prend soin). Ce fut dur (et ça l’est encore parfois) parce que ma vie d’avant me manquait, parce que dans les moments les plus difficiles « si j’avais su que c’était ça avoir un enfant, je n’en n’aurais pas eu », parce que je ne peux plus agir comme avant, manger comme avant, dormir comme avant, jouer avec son Papa comme avant, regarder une série quand nous en éprouvons l’envie, prévoir un week-end en amoureux au dernier moment, etc. Notre tout-petit est là, présent avec nous et il est hors de question pour moi de le laisser pleurer à s’époumoner, sans tenter de répondre à son appel, son besoin. De fait, mes besoins sont passés en second plan. Le juste équilibre répondre à ses besoins sans oublier les miens est à trouver et génère de la culpabilité le cas échéant… Enormément…

Mais alors, à qui se confier sans avoir peur d’entendre « Ah ben c’est ça avoir un enfant, tu croyais quoi ? », ou encore « Tu as voulu allaiter et bien maintenant tu n’as plus qu’à assumer de ne plus avoir de nuits et de ne pas pouvoir manger quand bon te semble », « C’est toi qui a voulu ne pas le laisser pleurer, regarde ce que ça donne tu n’as plus de vie maintenant » « Oh ça va hein, tu n’es pas fatiguée toi tu es à la maison, tranquille » … Et mes émotions dans tout ça ? Et mes ressentis sont-ils légitimes ? Suis-je la seule à penser et ressentir que c’est difficile de devenir mère ?

Sans oublier que devenir maman c’est concilier le rôle de « mère suffisamment bonne », le rôle de fée du logis, le rôle d’épouse, le rôle d’Educatrice de Jeunes Enfants et potentiellement le rôle de femme épanouie et équilibrée. Alors moi je veux bien, mais concrètement ça se passe comment ? Comment arrive-t-on à tout conjuguer sans péter une pile ? Parce que moi je reste humaine en fait !… Et je fais du mieux pour équilibrer tous ces statuts mais je vous assure que c’est loin d’être facile (surtout quand Madame Perfectionniste s’en mêle) et que ça, personne ne m’en a parlé dans les beaux projets de la grossesse et tout son package !

Non, vraiment, ça n’est pas aisé de devenir Maman, ça coûte et c’est loin d’être naturel. ça s’apprend, ça prend du temps et c’est mon enfant mon guide. Alors oui je me forme progressivement, grâce à lui, au lâcher prise, à la reconnaissance de ce que je fais bien et à la verbalisation plus, plus, plus mais voilà… ça n’est pas simple… C’est tiraillant de faire du mieux que l’on peut, que l’on croit et que l’on veut… Pour ceux qui douteraient après lecture de ce témoignage quant à l’amour que je porte à mon petit homme, je tiens à vous rassurer : l’amour que j’éprouve à son égard est inconditionnel. En revanche il n’est pas né au premier regard … il s’est construit. J’apprends à l’aimer de jours en jours, pour le petit garçon qu’il est, pour ce qui le passionne du haut de ses 19 mois et pour ce chamboulement qu’il a occasionné dans ma petite vie bien rangée de jeune femme.