Bien avant le brillant travail d’Emmy Pikler, dont je ferai référence plus bas, Maria Montessori nous a parlé du développement moteur de l’enfant, de la motricité libre et de la manière adéquate d’accompagner les découvertes motrices du petit d’Homme.

Que nous apprend la pédagogie en matière de motricité libre ?
Comment l’aménagement de l’environnement favorise l’acquisition de compétences motrices dans le respect du développement et du corps de l’enfant ?

Petit point :

  • Nous considérons que l’enfant est « programmé » pour passer certaines étapes qui l’amèneront, entre autres, à la marche: du dos au ventre, en passant par le ramping et le 4 pattes…
  • L’enfant n’a besoin d’aucune aide pour passer ces étapes. Au contraire, plus on « aide » et plus on freine ces fameuses étapes qui sont fondamentales et ont toutes une raison d’être : intégration des réflexes archaïques, renforcement musculaire et postural, éviter des tensions inutiles…
  • La motricité libre consiste donc à éviter de mettre un enfant dans une position qu’il n’est pas capable de prendre lui-même : nous éviterons les U d’assise ou de le caler avec des coussins, par exemple. Certains objets de puériculture sont même à éviter (trotteur, bumbo…) car ils provoquent des tensions ou stimulent des muscles qui ne sont pas encore prêts à l’être de cette façon.

Dans la pédagogie Montessori, nous favorisons la motricité libre de l’enfant grâce:

  • au tapis d’activités sur lequel nous posons le bébé sur le dos
  • à une stimulation « raisonnée » : nous évitons d’envahir le bébé et le jeune enfant avec une multitude de stimulations et de mettre jeux et jouets directement dans sa main. Un hochet d’un côté de sa tête, un coussin sensoriel de l’autre, cela suffit. Pour des enfants plus âgés, faire des lots et du tri parmi les jeux aide à garder une vue d’ensemble et surtout à ne pas se lasser. 
  • à un miroir très bas, qui incite le bébé à lever la tête lorsqu’il est passé au plat-ventre
  • aux étagères basses et éventuelles barres de traction qui favorisent la mise debout de l’enfant (seul, car nous éviterons absolument de le faire « marcher » les mains en l’air).
  • à l’absence d’objets entravant la motricité (transat, chaise haute, parc, lit à barreaux)
  • la possibilité de grimper, escalader, monter les marches (notamment via la plateforme de motricité, ou tout simplement en le laissant monter les escaliers ou sur le canapé du salon).
  • aux chariots de marche et tout ce que l’enfant utilisera pour se déplacer (pouf, petite chaise etc)
  • à une liberté de mouvement absolue : jouer sur un tapis ou assis à table ? combien de temps rester à table pour faire une activité ? quand changer d’activité ? quelle activité proposer ? Toutes les réponses sont chez l’enfant.
  • à l’encouragement de l’adulte, même si nous avons peur ou que nous ne sommes pas à l’aise, pour que l’enfant conserve sa confiance en soi

Le saviez-vous?
Dans ses travaux ultérieurs, Emmy Pikler (médecin également), s’est rendue compte que les enfants qu’elle recevait pour des fractures étaient essentiellement issus de milieux favorisés. Elle s’est donc questionnée: comment cela se fait-il que ces enfants se blessent d’avantage? D’autant que les enfants de milieux défavorisés, ou moins favorisés, prenaient beaucoup plus de risques: ils grimpaient aux arbres, sautaient dans le tram en marche… alors que les enfants issus de milieux favorisés ne sortaient guère que pour la promenade dominicale. Et voilà la réponse: ils prenaient moins de risques! En prenant des risques, l’enfant apprend à connaître son centre de gravité et ses limites corporelles. Il apprend à les dépasser progressivement, mais surtout en toute sécurité car il est à l’aise avec son corps. Elle en tire une conclusion qui, je trouve, est primordiale à garder en mémoire (et qui m’aide lorsque je vois Noisette perchée sur le canapé): le risque n’est pas la même chose que le danger, et pour que l’enfant ne se mette pas en danger, il a besoin de prendre des risques. Plus un enfant prendra des risques (dans un milieu sécurisé, par exemple en mettant des matelas en mousse sous la plateforme à grimper), et moins il se mettra en danger!

Dans la pédagogie Montessori, nous stimulons donc le développement moteur de l’enfant de manière indirecte : en organisant le milieu, en enrichissant l’espace d’éléments intéressants tels que des étagères basses ou des chariots de marche, en le laissant prendre des risques tout en l’encourageant, et surtout, en le laissant évoluer à son rythme !