Suite à nos deux derniers articles autour des émotions de l’enfant, nous avions envie de vous parler de l’importance de la verbalisation. Je dis « nous » car aujourd’hui je laisse la parole à Marjory, éducatrice de jeunes enfants, maman d’un petit garçon de presque 18 mois maintenant et formatrice chez Enfance Positive. 

Dans cet article, vous découvrirez l’expérience de Marjory, qui vient illustrer parfaitement POURQUOI il faut absolument verbaliser auprès de l’enfant (et avant l’action!), puis nous vous donnerons 3 pistes pour verbaliser « correctement ».

 

Témoignage de Marjory (Pourquoi verbaliser AVANT l’action?)

En tant qu’éducatrice voilà une notion que je défends activement. La nécessité de prévenir l’enfant de nos moindres faits et gestes sur son corps afin de lui permettre d’anticiper et de comprendre ce qu’il va vivre. Et cela avant d’agir. C’est un positionnement professionnel que j’ai naturellement appliqué et que j’ai légitimé grâce à mes diverses formations et lectures (merci mesdames les neurosciences !).

Intimement convaincue donc du bien fait fondé de la verbalisation avant l’action je vais partager avec vous aujourd’hui un constat cuisant qui m’a démontré une nouvelle fois oh combien ce positionnement n’est pas fantasque.

Voilà que mon petit homme commence à fréquenter la crèche et donc les nombreux gentils petits microbes qui y cohabitent ! Résultat : toux sèche et quelque peu sifflante. Sur les conseils avisés de ma collègue, me voilà partie pour louer à la pharmacie un inhalateur nébuliseur, électrique s’il vous plaît ! Après écoute attentive des conseils de la pharmacienne, me voilà devant le tapis de change sur lequel se trouve allongé mon petit bonhomme alors âgé de 14 mois. Aller, c’est parti, je me lance… à la découverte du matériel, de sa manipulation et son utilisation… J’insère la pipette de sérum physiologique à l’endroit prévu et comme montré par la pharmacienne, je branche l’appareil et j’applique le masque sur le nez et la bouche de mon petit homme à qui je dis simultanément « Je vais mettre ce masque sur ton nez et ta bouche pour te permettre de mieux respirer » … Et là HORREUR, le regard de stupeur de mon bébé me glace le sang et me pousse à crier à son papa « Arrête tout » !! Instinctivement je laisse tomber le masque et enserre mon tout petit dans mes bras. Ses pleurs s’apaisent petit à petit au son de mes excuses et explications « Mon bébé, je te demande pardon.  Maman ne t’a pas expliqué ce qu’elle allait faire et tu n’as pas compris ce qui t’arrivait. Tu as ouvert tout grand tes yeux avant de pleurer, tu as eu peur. Et il y a de quoi… Cette machine fait du bruit… » Je le berce pour l’apaiser. Une fois le calme revenu, je m’engage dans une explication « Je vais t’allonger de nouveau pour appliquer ce masque (je le lui montre) sur ton nez et ta bouche (je lui montre sur moi). Puis Papa va allumer la machine et il y aura de la vapeur dans le masque que tu devras respirer comme ça (je mime l’acte) ». J’installe notre petit homme sur le tapis de change qui choisit de rester assis. Puis, il se saisit du masque et l’applique sur le visage en me regardant. Je valide son comportement et le préviens « Papa allume l’appareil, tu es prêt ? Un, deux, trois » et l’appareil se met en branle. Instinctivement il éloigne le masque de son visage, le laisse tomber et me tend les bras. Je décide donc de le prendre dans mes bras en lui disant « Nous allons le faire ensemble ». Nous arrêterons fréquemment l’appareil parce que nous sentons que cela est nécessaire pour le rassurer. Probablement que l’efficacité du soin est alors à questionner ; mais je vous assure que pour l’heure ce point est le dernier de nos soucis ! L’urgence pour nous étant de rassurer notre petit homme et surtout, surtout de lui expliquer TOUT ce qui allait se passer. Les séances des jours suivants se sont déroulées avec plus de sérénité et il tenait lui-même le masque.

De ma méconnaissance d’utilisation de cet appareil et de mon souci de soigner mon tout petit j’en ai oublié l’essentiel : lui expliquer ce que je m’apprêtais à lui faire vivre. Et je peux vous assurer une chose : je n’oublierai JAMAIS son regard… Pour lui et pour tous les enfants que j’accompagnerai encore…

 

3 pistes pour verbaliser « correctement »?

  • Verbaliser AVANT l’action. Il vaut donc mieux éviter d’expliquer ce qu’il va se passer en même temps que nous faisons l’action car l’enfant n’a pas le temps de se préparer et d’accueillir ce qu’il va lui arriver. 
  • Verbaliser de manière DESCRIPTIVE: comme l’a fait Marjory, utilisez des termes qui visent à décrire ce que vous voyez factuellement, sans juger. Dans son témoignage, Marjory nous dit bien: « Maman ne t’a pas expliqué ce qu’elle allait faire et tu n’as pas compris ce qui t’arrivait. Tu as ouvert tout grand tes yeux avant de pleurer, tu as eu peur. » 
  • Verbaliser pour VALIDER l’émotion et le ressenti: « … tu as eu peur. Et il y a de quoi… Cette machine fait du bruit ». Vous pouvez utiliser des mots tels que: « c’est normal (d’être fâché, d’avoir eu peur, d’être triste), « je comprends » (que mettre un masque sur le visage ne soit pas agréable). En validant l’émotion, vous allez avoir une réaction empathique qui va aider l’enfant à faire descendre l’intensité de l’émotion. Il se sent accueilli et validé dans son vécu.