Comme vous le savez, ce mois de janvier est consacré aux émotions de nos enfants. Je vous ai longuement parlé des crises émotionnelles dans cet article. En abordant le sujet sous le prisme des neurosciences, mon objectif était d’expliquer pourquoi ces crises étaient « normales ». Vous avez été nombreux à me répondre, et à me poser la question suivante: comment alors différencier une crise émotionnelle d’un caprice? Et comment gérer les caprices?

C’est pour en finir avec ce mot « caprice » que j’écris cet article aujourd’hui. Parce que j’estime qu’à l’ère qui est la nôtre, celle de l’information et de l’internet, ce mot doit définitivement… disparaître. Et pourtant, en surfant sur internet en utilisant le mot clé « caprice », je me suis rendue compte à quel point beaucoup de magazines destinés aux parents ou aux éducateurs et ayant « pignon sur rue » utilisent encore ce terme. Je ne les citerai pas, mais voici ce qu’on peut lire en cherchant durant 5 minutes seulement:

  • « Il grandit, s’affirme… il ne fait que ce dont il a envie ! Quitte à se rouler par terre en hurlant pour obtenir satisfaction. »
  • « Caprices de bébé : les comprendre pour mieux réagir »
  • « Enseignez à votre jeune la gestion de la colère pour gérer les caprices de votre enfant et développer le meilleur de lui même »

Votre enfant a 18 mois ou 3 ans et se roule par terre au supermarché car vous n’avez pas voulu lui acheter un bonbon? 

Non, ce n’est pas un caprice. 

En fait, les caprices n’existent pas.

Je répète. 

LES CAPRICES N’EXISTENT PAS. 

« Oui, mais moi, mon fils il me regarde droit dans les yeux et il arrête dès que je lui donne ce qu’il veut ou que je le menace de le punir, c’est bien qu’il le fait exprès ». 

NON, ce n’est pas un caprice. 

JAMAIS.

DANS AUCUN CAS.

Dans cet article, nous verrons ce que l’on nomme communément « caprice », pourquoi un jeune enfant ne PEUT pas en faire, et ce dont il s’agit à la place.

 

Qu’est-ce qu’un caprice?

Communément, un « caprice » est vu comme un comportement de l’enfant visant à modifier celui de l’adulte: « je me roule par terre au supermarché pour que maman m’achète le paquet de bonbon », « je crie pour que papa me fasse faire un tour de manège »…

Le « caprice » serait donc de la manipulation. 

L’enfant manipulerait pour obtenir la satisfaction de ses désirs. 

La manipulation est le fait d’agir ou de parler de façon à modifier le comportement de l’autre. Par exemple: « fais-moi plaisir, range ta chambre » ou « fais plaisir à maman, sois sage »…. Cela peut être aussi par son comportement: ton mielleux, douceur apparente, 

Le « caprice » apparaîtrait aussi lors de la non satisfaction de ses désirs: « Maman ne veut pas m’acheter le paquet de bonbon, alors je me roule par terre », « Je crie et tape des pieds parce que papa n’a pas voulu faire de tour de manège »… et le « caprice » permettrait ainsi à l’enfant de se « venger » de la non satisfaction de ses désirs: « puisque c’est comme ça, il va voir ce qu’il va voir… »

Bien, ceci posé, voyons pourquoi tout ceci est STRICTEMENT IMPOSSIBLE, surtout lorsque l’on parle d’enfants de mois de 4 ou 5 ans (alors ne parlons même pas d’un bébé). 

 

Pourquoi le jeune enfant ne peut-il pas faire de caprice? 

Dans l’article sur les crises émotionnelles, à lire ici, j’abordais déjà le développement du cerveau de l’enfant. 

Au niveau cérébral, la partie du cerveau qui est compétente pour « manipuler », c’est le néo-cortex. Cette partie du cerveau est le « capitaine » du navire. Il gère et contrôle les émotions et les pulsions, permet à l’être humain de prendre du recul, d’analyser la situation qu’il est en train de vivre, de faire la différence entre réalité et fiction (chez les petits, nous voyons bien qu’ils ne la font pas lorsqu’ils sont persuadés qu’un personnage de film ou de livre peut réellement exister). 

Cette partie du cerveau est très immature à la naissance, et donc l’enfant a du mal à gérer ses émotions (qui sont de véritables tempêtes émotionnelles). C’est pour cela qu’il fait des crises émotionnelles, et que c’est normal. C’est aussi pour cela qu’il frappera le copain ou sa soeur qui lui prendra son jouet (une pulsion qu’il ne peut pas contrôler). 

Les recherches en neurosciences prouvent que le néocortex met plusieurs années avant d’être pleinement mature (le cerveau est mature à 25 ans!), et qu’avant 5-6 ans, il est très très immature. 

Comme c’est cette partie du cerveau qui est compétente pour manipuler, un enfant de moins de 5-6 ans est neurologiquement incapable de faire des « caprices ». C’est donc AUTRE CHOSE. 

Un enfant plus âgé, 8 ou 10 ans, par exemple, peut être susceptible de manipuler… techniquement, il en a les compétences cérébrales et neurologiques. MAIS un enfant manipulera… s’il a baigné dans un environnement qui manipule. Et attention, la manipulation ce n’est pas seulement pour le méchant ou le truand dans les films. Elle se cache dans des détails de notre discours, comme les exemples cités plus haut le montrent. Avoir un langage « propre » est tout un travail, car bien souvent nous manipulons les enfants pour avoir ce que nous voulons… les enfants absorbant leur environnement et reproduisant les modèles qu’ils ont autour d’eux… CQFD, non? 

Maintenant, attention! Un enfant, même à 10 ans, qui a un comportement « inadéquat » restera toujours un enfant qui nous confie ses difficultés.

 

Si ce n’est un caprice… de quoi s’agit-il alors? 

Nous y voilà. 

Votre enfant de 3 ans se roule par terre au supermarché. Vous savez donc à présent qu’il est incapable de faire un caprice. 

De quoi s’agit-il alors? 

Cette crise vient manifester, TOUJOURS, un besoin non couvert. 

Derrière un « caprice », il y a donc un message codé à comprendre, à prendre en compte…

Et pour cela, il est nécessaire de faire la différence entre « désir » et « besoin »: 

  • Vous faites attention à votre alimentation, car vous voulez vous plaire lorsque vous vous regardez dans le miroir. Vous faites donc attention à ce que vous mangez, et tentez de réguler le sucre que vous absorbez. Seulement voilà, nous sommes vendredi soir, vous avez eu une rude semaine au travail, vous vous sentez dépassé par certaines situations de votre vie (professionnelle, personnelle). Et malgré votre bonne volonté, vous craquez et vous dévorez une tablette de chocolat. Forcément, après, vous culpabilisez. 
  • Votre « désir » était de manger une tablette de chocolat. Il a été plus fort que vous. 
  • Votre « besoin », derrière le désir, c’est un besoin de détente, de réconfort, d’amour, de soutien… En prenant conscience de notre besoin, nous aurions pu (peut-être) le couvrir autrement qu’avec une tablette de chocolat.

Le désir est donc le messager d’un besoin, le véhicule:

  • Nous sommes toujours vendredi, il est 18h. Votre enfant a passé sa journée et sa semaine à la crèche ou à l’école. Vous allez le chercher à la garderie. Il est fatigué, et vous aussi. Mais vous n’avez plus rien dans le frigo. Vous allez donc au supermarché. 
  • A la caisse, c’est le drame. Il veut un bonbon, vous dites non. C’est la crise. Le bonbon est à la fois un « désir » et le déclencheur d’une décharge émotionnelle intense (ce n’est pas un caprice, donc), car ce désir n’est pas assouvi et qu’il a beaucoup de charge à délester.
  • Ce désir d’un bonbon est donc le véhicule d’un autre message, probablement: « maman, je suis épuisé, j’ai besoin de me défouler et de me reposer, au calme à la maison et avec toi ». Lui, il ne dévore pas la tablette de chocolat, il se décharge en criant.

Comment gérer alors? Je vous donne quelques pistes à la fin de cet article, d’autres viendront prochainement.