Parmi toutes les questions que l’on me pose, en formation, par mail ou Messenger, lors d’échanges entre professionnels ou lors de soirées informelles entre amis… la question de la tétine revient très souvent sur le tapis, pour savoir ce que MOI, j’en pense. La question revient encore plus fréquemment depuis que je suis maman (Noisette est née en septembre 2016)… et que ma fille n’a jamais eu de tétine.
Les parents qui la donnaient à leur enfant se sentaient obligés de se justifier. Ou me posaient des questions pour savoir comment moi j’avais fait pour que ma fille s’en passe.

La tétine…
Est-ce si mal après tout ? Ou au contraire, doit-on la donner à un enfant ? Est-ce un passage obligé, comme beaucoup croient ? 
Et quand l’enfant grandit… n’y a-t-il pas de risque pour sa dentition ? son langage ? Que vont penser les autres parents ? Et à l’école, comment ça va se passer si l’enfant a encore sa tétine ? Comment l’aider à s’en passer ? …

 

La tétine est-elle obligatoire ? Peut-elle être bénéfique ?

Tétine or not tétine ? C’est la question!
Bien souvent vendue dans le « pack de base » du bébé à venir, parmi d’autres objets de puériculture… la tétine est-elle finalement si « indispensable » ?

Avant toute chose, il est important de rappeler que la tétine vient répondre à un besoin fondamental du bébé : le besoin de succion.
Téter sert à se rassurer, se calmer, s’apaiser, s’endormir, se rassurer, se réconforter… Bref, téter est vital pour un bébé.
De façon « naturelle », c’est-à-dire prévue par la nature, le bébé tète le sein de sa mère et remplit son besoin de succion par l’allaitement.
C’est pour cela qu’en cas d’allaitement, il est important de se rappeler que les tétées ne sont pas qu’alimentaires, et qu’un bébé ne tète pas seulement parce qu’il a faim (référence aux réflexions que l’on peut avoir de notre entourage du style « mais il tète ENCORE ! Il a bu il y a 1 heure, tu ne dois pas avoir assez de lait, tu l’affames ! »).
Idéalement, l’allaitement devrait donc se faire à la demande et non pas « cadré » en voulant « régler » l’enfant, ce qui est encore pourtant largement pratiqué par les pédiatres, mais qui est un gros facteur d’échec de l’allaitement, soit dit en passant. En tétant le sein de sa mère lorsqu’il le souhaite, le bébé remplira son besoin de téter. Et la tétine ne sera pas forcément nécessaire.

Parfois, l’allaitement n’est pas possible, ou pas souhaité. Ou la maman est épuisée, et a besoin de renfort parce qu’elle ne s’en sort plus.

Et c’est ok.

Chaque parent fait du mieux qu’il peut, avec les ressources dont il dispose et il n’y a pas lieu de faire culpabiliser qui que ce soit.

Et donc, si nous ne pouvons pas ou ne voulons pas allaiter, ou si l’allaitement à la demande n’est pas toujours possible (pour des raisons qui vous appartiennent), si l’enfant entre en crèche et donc ne bénéficie plus d’un allaitement à la demande… et bien la tétine peut être un allié.
(Attention, il peut y avoir une confusion sein/tétine, si vous allaitez, il existe des modèles plus adaptés en cas d’allaitement, plus physiologiques…)
La tétine n’est donc pas « obligatoire ». Mais elle sera importante pour un enfant nourri au biberon, par exemple. Pour ces enfants-là, le temps passé au biberon ne suffit pas pour remplir le besoin de succion. Un enfant allaité passe proportionnellement beaucoup plus de temps à téter qu’un enfant qui boit ses biberons. Ces enfants-là auront donc besoin de « compenser » ce temps en ayant une tétine. Surtout s’ils vont en collectivité.

 

La tétine est-elle forcément à proscrire ? Quels sont ses inconvénients ?

Il existe aujourd’hui des modèles plus physiologiques, mieux pensés pour les enfants, qui réduisent les risque de

  • confusion sein / tétine en cas d’allaitement (sans l’annuler, mais après un enfant n’est pas l’autre, et cette confusion dépend beaucoup de l’âge de l’enfant).
  • déformation dentaire, l’une des principales craintes du parent de l’enfant qui grandit.

La tétine ne crée pas de « dépendance », comme on l’entend souvent. La dépendance est là, bien avant la tétine. C’est le besoin de succion qui se manifeste. Et comme c’est un besoin, l’enfant ne peut faire sans. La tétine n’est qu’un outil qui vient répondre au besoin de succion.

La tétine n’est donc pas un problème « en soi ».
Par contre, elle peut en représenter un lorsqu’elle devient la réponse systématique à l’émotion et au besoin d’un enfant.
Un enfant pleure ? Réponse : la tétine.
Un enfant se fâche ? Réponse : la tétine.
Le problème n’est donc pas tant la tétine que l’administration systématique de la tétine en cas d’émotion de l’enfant.

Cette réponse-tétine systématique viendra :

  • Faire taire l’émotion de l’enfant. Littéralement, on lui demande de « fermer sa bouche ». L’émotion est mise sous couvert. Elle n’a pas le droit de citer, de s’exprimer, de vivre. L’enfant risque d’apprendre qu’il doit refouler ses émotions, que ses émotions ne sont pas les bienvenues.
  • Amener de la confusion dans la reconnaissance des émotions de l’enfant. Lorsque nous sommes en colère, notre visage manifeste l’émotion par des mimiques. Ces informations musculaires informent le cerveau d’une émotion. Mais, lorsque l’enfant commence à pleurer et qu’on lui donne la tétine, son visage se bloque, les mimiques sont rendues impossibles. Le décodage de l’émotion devient compliqué.
  • Amorcer une tendance à avoir besoin de quelque chose dans la bouche pour se calmer et s’apaiser. Il peut y avoir des risques de développer ultérieurement des comportements tels que la compensation alimentaire, la cigarette, la consommation d’alcool… pour apporter le réconfort nécessaire.

Attention, ces risques ne viennent pas de la tétine en elle-même, mais du fait de proposer la tétine systématiquement à l’enfant qui ressent une émotion.

 

Comment aider l’enfant à s’en passer ?

Les inconvénients de la tétine sont également vus sous le prisme du regard des autres:
Mon enfant de 4 ans hurle pour avoir sa tétine au supermarché. Je sens les regards sur moi…
Mon enfant va entrer à l’école, et il ne peut pas se passer de sa tétine, comment ça va se passer ?

Et donc vient la question suivante : comment aider un enfant à s’en passer ?

Pour moi, la réponse est assez simple, et en même temps compliquée car elle demande de changer de regard sur la situation et son positionnement.
Le parent a donné la tétine. Pour des raisons qui le regardent et qui ne sont pas à juger ou critiquer. Mais le parent a donné la tétine. Il a pris la responsabilité de donner la tétine à son enfant. Et tout cela est ok !

Mais…

Pourquoi serait-ce au parent de décider quand l’enlever ?
Pourquoi le parent devrait-il retirer la tétine à son enfant ?
Pourquoi l’enfant devrait être obligé de s’en passer à un moment donné, un moment qu’il n’a pas choisi ?
Parce que l’adulte le décide ?
Parce que c’est comme ça ?

Il me semble important de respecter le temps de l’enfant. Son temps n’est pas le nôtre… et je ne connais aucun ado qui dort avec sa tétine ! Donc il finira par s’en passer, naturellement, quand ce sera le moment… pour lui !

Il n’y a donc aucune technique, aucune démarche, aucune action à faire. Surtout pas lui dire qu’elle a disparu, que Saint-Nicolas vient la chercher… l’arrêt brutal n’est pas du tout recommandé, à moins qu’il n’émane de l’enfant.

Comment aider l’enfant à se passer d’une tétine ? En attendant simplement qu’il s’en passe tout seul.