La fin d’année scolaire est arrivée, et pourtant, c’est le moment idéal pour réfléchir à cette question : comment aider les enfants à (mieux) écrire ?

Faire des lignes et des lignes de lettres ? Remplir des cahiers de vacances ? Faire des rédactions ? Non, il y a bien plus efficace et amusant ! Laissez-moi vous raconter comment Maria Montessori a mis en place un processus complexe et abouti pour aider les enfants à écrire.

Maria Montessori avait bien compris que les apprentissages étaient plus efficaces lorsqu’ils étaient ludiques, qu’ils faisaient sens… et surtout lorsqu’ils étaient indirects. Plutôt que de forcer les enfants à faire des lignes et des lignes de lettres (sauf lorsque c’est de sa propre initiative), elle a réfléchi aux compétences essentielles à développer pour apprendre à écrire. Et elle en a développé un matériel… qui permet de faire tout… sauf d’écrire ! Et oui, comme pour l’art, Maria Montessori savait que l’éducation indirecte permettait à l’enfant de développer énormément de compétences, sans être le nez sur l’objectif.

Préparation directe et indirecte sont donc complémentaires : avant même de commencer les activités de graphisme et d’écriture (vers 3 ans), nous pouvons proposer à l’enfant… des activités de vie pratique. Et oui !

La vie pratique n’est pas qu’une aide à l’autonomie, c’est aussi une aide à l’écriture…

En réalité, une activité de vie pratique, comme les autres activités Montessori, a toujours deux types d’objectifs :

·         Les objectifs directs : laver la table, astiquer les cuivres, verser avec une cuillère…

·         Les objectifs indirects : intégrer le sens et le geste de l’écriture, travailler sa motricité fine…

Maria Montessori a donc créé un ensemble d’activités de vie pratique pour aider l’enfant à entrer dans l’écriture. Avant de vous donner quelques exemples, je vous propose de découvrir ces fameuses compétences essentielles, qui répondent à la question : de quoi un enfant a-t-il besoin concrètement pour apprendre à écrire ?

·         Muscler sa main : tenir un crayon et écrire demande de la force, il faut donc permettre à la main de se muscler

·         Développer la pince tripode : tenir un crayon se fait grâce à l’association des trois doigts de l’écriture (la pince tripode, donc), à savoir le pouce, l’index et le majeur. L’enfant a besoin de développer la psychomotricité fine de ces trois doigts en particulier. Cela aidera à positionner les doigts correctement sur le crayon, pour éviter les douleurs.

·         Délier le poignet : pour tracer des lettres, le poignet doit être mobile et flexible. Le poignet étant l’une des dernières articulations de l’enfant à se délier, il a besoin de travailler à ce fameux délié du poignet pour pouvoir écrire sans crispation ni douleur.

·         Le sens de l’écriture : en Occident, nous écrivons de gauche à droite et de haut en bas. Avant même de commencer à écrire, l’enfant a besoin de développer ce sens de l’espace et du mouvement.

·         Le geste de l’écriture : il s’agit du tracé des lettres, dont la base est la boucle anti-horaire.

Pour la préparation directe (analyse des sons, tracé de lettres précises…), cela se fera avec du matériel de langage (formes à dessin, lettres rugueuses…). Mais bien avant de commencer avec tout cela, il serait bien que l’enfant ait entrainé ces 5 premières compétences : muscler sa main, développer sa pince tripode, délier son poignet, acquérir le sens et le geste de l’écriture.

Les activités de vie pratique sont donc idéales pour cela.

Voici quelques idées, par compétence :

·         Pour muscler la main : transvaser des pompons avec une pince à sucre, des coquilles avec une pince à escargots, presser l’orange…

·         Pour développer la pince tripode : ouvrir et fermer des pinces à linge, visser et dévisser des boulons…

·         Pour délier le poignet : visser et dévisser des boulons, transvaser avec une cuillère, verser de l’eau d’un pichet dans différents contenants (pichet, verre, verres différents…). Attention lorsque vous présentez le matériel, ce ne sont pas les doigts qui doivent travailler mais la main !

·         Pour acquérir le sens de l’écriture : toutes les activités complexes de la vie pratique (presser l’orange, couper la carotte, soin des plantes et des bouquets, astiquer les cuivres, nettoyer un miroir, nettoyer et cirer des chaussures, se laver les mains, laver la table, dresser la table…)

·         Pour acquérir le geste de l’écriture : laver la table, nettoyer un miroir, astiquer les cuivres. Bien accentuer sur le mouvement : faire des « a » (commencer en haut et descendre)

Il y a bien évidemment beaucoup d’autres possibilités pour favoriser l’écriture de l’enfant, mais j’apprécie le matériel de vie pratique car ces activités font sens pour lui, le motivent. J’ai déjà expérimenté ces activités avec des enfants « plus grands » (6-8 ans) qui avaient des difficultés d’organisation dans leur travail, de concentration et d’écriture… il n’y a pas de pilule miracle, bien évidemment, mais l’entraînement avait aidé à améliorer plusieurs facteurs. Sur internet, nous voyons pas mal d’articles sur la vie pratique, essentiellement tournés vers l’autonomie de l’enfant. C’est tout à fait correct, mais ses objectifs indirects amènent tellement à plus que cela, que j’avais envie d’aborder le sujet. Je m’intéresse aussi à la méthode Dumont. Je suis en train d’avaler son livre, dès que j’ai digéré, je vous en reparle !