Depuis des années passionnée par les pédagogies alternatives ET par l’art et l’éducation créatrice, j’ai posé quelques questions autour de la créativité à Catherine Defèche, directrice et enseignante dans l’école Waldorf des Trois Cailloux (Bar-le-Duc). L’école, créée en 2010, compte aujourd’hui 30 élèves, de 3 à 12 ans, répartis en plusieurs niveaux.

Derrière ce mot, « créativité », il y a beaucoup de choses. De quoi s’agit-il? Comment la stimuler chez les enfants? En quoi la pédagogie Waldorf peut être une piste de réponse? Je suis venue vers elle avec toutes ces questions. Voici ses réponses, et ses jolies photos:

Victoria : Qu’est-ce que la créativité pour vous, et comment la stimuler globalement chez les enfants ?
Catherine : Si je laisse ce mot résonner, j’entends « mobilité » et « liberté », entre autres…
Mobilité, dans un mouvement qui met l’individu en activité pour créer. Cela implique alors la notion de volonté, une capacité à agir, expérimenter, proposer…
Liberté, portée par la volonté de l’individu d’aller plus loin, de dépasser ses propres limites. Nous ne pouvons pas être créatifs, si nous ne sommes pas libres, si nous suivons les idées de quelqu’un d’autre, d’une mode, de règles normatives ou d’un air du temps…
Pour moi, c’est d’abord à l’adulte d’être créatif, non seulement dans ce qu’il transmet, mais aussi dans sa relation à chaque enfant. Cela demande de développer une capacité d’imagination et d’intuition laissant tout le champ des possibles, sans plaquer, sans figer, pour que l’enfant puisse s’approprier librement des contenus avec ses propres images, ses propres représentations.

Victoria : Comment la pédagogie Steiner-Waldorf permet de développer la créativité des enfants ?
Catherine : Pour les jeunes enfants : le jeu libre, sans conteste ! Les enfants disposent de matériaux divers, bouts de bois, planches, tissus… des matériaux très simples et naturels. Laissés à leur seule volonté d’agir, ils échafaudent leur propre jeu, souvent mobile, souvent dans l’imitation de ce qu’ils ont pu vivre ou voir, ils se construisent un monde à leur mesure dans lequel ils font vivre toutes leurs histoires. L’œil bienveillant de la jardinière les accompagne. Et c’est souvent étonnant de voir là, leur capacité d’imagination à l’œuvre.
Pour les classes élémentaires, les apprentissages se font essentiellement par l’image. Elle est primordiale, essentielle donnant à l’enfant la possibilité de développer toutes ses capacités d’imagination avec ce qu’il ressent intimement. C’est pourquoi la forme artistique (dessin, peinture, modelage…) accompagne tous les apprentissages. Quand on rentre dans une salle de classe « Waldorf », on est frappé par ce monde de couleurs.

Victoria : Quels conseils donneriez-vous à des professionnels et des parents pour stimuler la créativité des enfants?
Catherine : Nos conseils vont parfois à l’encontre de ce que notre société veut nous inculquer…

  • Développer la volonté de l’enfant à entreprendre. On peut l’aider, initier, mais surtout pas le guider en l’enfermant dans des discours ou une expérience que nous avons, nous, mais que lui n’a pas eu le temps de se forger. Bien sûr l’adulte reste présent pour prévenir tout acte dangereux, mais sans intervenir à tout moment… Tout un art!
  • Laisser les images se développer librement en l’enfant. Ne pas les assujettir aux images des médias stéréotypées et normées. Le protéger des écrans pour qu’il trouve en lui toutes ses capacités de création.
  • Varier les supports créatifs que ce soit par la peinture, le dessin, le modelage, le tissage, le travail du bois … mais aussi par la musique en privilégiant tout d’abord l’écoute. Ainsi stimuler toujours la volonté dans la liberté, le mouvement, la vie…

Victoria : Quelles activités issues de la pédagogie Steiner-Waldorf aimez-vous pour engager l’enfant dans l’exploration créative?
Catherine : La peinture par exemple se fait sur papier mouillé afin de ne pas figer de formes. Elle reste mobile, se diffuse sur le papier, échappe au pinceau et emmène l’enfant au-delà du trait, du tracé. Ce sont surtout les couleurs qui sont envisagées au préalable dans les petites classes permettant aux enfants de ressentir ce qu’elles expriment pour lui, de développer aussi leur créativité dans la seule couleur sans être emprisonnée par le trait.
Dans les plus grandes classes, la peinture devient plus figurative, la forme apparaît étayée par des couleurs bien comprises. D’autres techniques bien sûr sont amenées par la suite afin de parcourir toutes les possibilités artistiques.