Les plus grands efforts d’exploration sont des moments intenses et nécessitent une proximité accrue.

Cette observation est celle que j’ai faite hier en constatant les grands efforts de Noisette (6 mois et demi) pour partir à la conquête de son indépendance. Il y a quelques jours à peine, elle ne savait pas se retourner sur le ventre. A présent, elle tourne et se retourne, pousse sur ses pieds, tire sur ses bras, déborde de son grand tapis d’activités. Au bout d’un certain temps (cela peut être 5 minutes, mais aussi 30 voire 45 minutes), elle réclame les bras, façon petit singe agrippé à sa mère. Et son besoin de proximité semble alors décuplé par rapport à ce dont elle peut avoir besoin d’habitude.

J’ai trouvé cette observation intéressante à vous partager, car elle illustre bien le développement du bébé en termes d’autonomie et de besoin d’être rassuré… ainsi que la célèbre phrase « s’attacher pour mieux se détacher ».

L’autonomie de l’enfant, ce n’est pas seulement sa capacité à faire ses lacets ou s’habiller seul. C’est sa faculté de faire les choses pour lui (et pas pour sa maîtresse), peu importe le regard ou le jugement des autres. C’est la capacité de croire en soi, en ses idées, en ses compétences. Cette autonomie se conquiert (Maria Montessori parle d’ailleurs de conquête de l’indépendance), et ce de manière naturelle et innée : l’enfant est en quelque sorte programmé pour devenir autonome. C’est originellement une question de survie. N’oublions pas que l’être humain est un mammifère terrestre. « Evolué », peut-être, mais nous répondons quand même aux lois naturelles de notre espèce.

L’autonomie est donc un besoin vital pour l’enfant qui, dès sa naissance, cherche à s’autosuffire. Cela commence dès tout petit : nous plaçons un jouet près de sa tête, il le saisit et le prend dans sa bouche. Puis, par curiosité, il cherche à aller attraper le jouet qui se trouve un petit peu plus loin. Puis, il se retourne, avance, attrape, évolue… Mais à chaque découverte, à chaque « pas » franchi, il a besoin d’être réassuré, que son réservoir affectif soit rempli à nouveau pour qu’il puisse repartir à la conquête de son environnement. C’est un processus tout à fait naturel, en lien avec le cycle spontané de l’attachement : une phase dite de proximité, durant laquelle l’enfant cherche la chaleur, le réconfort, les bras, le regard et les câlins. Cette phase sert à construire sa sécurité intérieure, son ancrage profond. Grâce à cette sécurité, il sera armé pour découvrir, grandir et avoir la force de s’éloigner. Une deuxième phase apparaît alors, la phase de l’exploration qui va le pousser à quitter les bras et la quiétude du giron maternel. Cette phase de détachement est primordiale car c’est durant celle-ci que l’enfant va découvrir le monde, prendre des risques, développer des compétences primordiales (motrices, cognitives, sensorielles…) et sa confiance en lui. Le laisser s’éloigner, même si cela n’est pas simple à vivre pour nous, est vital pour qu’il ne se sente pas entravé dans son exploration et ne nourrisse pas une peur du monde. Mais alors qu’il a exploré un certain temps, il aura besoin de revenir dans cette phase de proximité intense. Répondre à ses besoins au moment où ils se manifestent, c’est l’aider à construire un attachement sécure qui lui permettra à la fois d’être sécurisé et autonome.

Lors des grandes phases d’explorations, lorsqu’il y a explosions des compétences et des découvertes, lorsqu’il y a pic de croissance (c’est souvent lié), les enfants ont un besoin de proximité accru : être pris dans les bras, câlinés, portés, allaités (si c’est le cas)… Peut-être même, comme Noisette en ce moment, qu’ils ne voudront même plus être posés. C’est une étape importante, qui permet au bébé de se réassurer, de remplir son réservoir affectif, d’être suffisamment sécurisé pour poursuivre son exploration… de s’attacher pour mieux se détacher par la suite.