Je suis nul(le) en maths…

Ah, cette phrase! Qu’est-ce que j’ai pu la prononcer, la penser, la marteler… l’entendre aussi!… comme beaucoup de gens, finalement! Je suis toujours étonnée lorsque j’aborde les mathématiques en formation Montessori… ce frémissement qui s’installe. Les mauvais souvenirs qui remontent parfois, souvent. C’est dingue… et en même temps tellement fréquent.
C’est comme s’il y avait une fatalité qui s’abattait sur nous à la naissance: il y aurait les forts en maths, et puis les autres… qui ont plus de mal à comprendre, à intégrer, à appliquer.
J’en ai des souvenirs. Fille d’un « matheux », tous les dimanches, la torture des matinées à entendre que c’était pas possible de pas comprendre un truc aussi simple. A croire que j’étais trop bête… ou alors, c’est la bonne fée des maths qui avait oublié de se pencher sur mon berceau?
Quelques années plus tard, après des études littéraires pour mettre définitivement le cours de mathématiques derrière moi, j’ai suivi ma première formation Montessori. Les Eurêkas se sont enchaînés. Je comprenais des concepts que je n’avais jamais saisis. Je m’amusais, là où il n’y avait eu qu’ennui et désagréments. Je trouvais cela logique… évident, clair comme de l’eau de roche. Si simple et amusant.

Et si, finalement, je n’étais pas si « nulle »?

Et si, en fait, ce n’était pas moi, le problème, mais la manière dont cette matière m’avait été transmise?

Ce que j’ai appris durant les années qui ont suivi, c’est que:

L’être humain apprend quand il est motivé et que l’apprentissage fait sens pour lui. Amené au bon moment, quand l’enthousiasme est présent, nous pouvons apprendre N’IMPORTE QUOI. Depuis que j’ai créé Enfance Positive, j’ai développé des compétences logico-mathématiques incroyables. Parce que ça faisait sens pour moi… contrairement aux propriétés remarquables, à 13 ans… Le premier problème de l’enseignement est donc son aspect « formel »: l’enseignant décide du programme, impose un cours collectif sur une même matière à un ensemble d’élèves qui ne rencontrent pas tous le même intérêt au même moment. C’est « logique », pourtant: on en perd en cours de route. Et pourtant, combien de fois ne vous êtes-vous pas demandé: mais bon sang, à QUOI ça SERT de savoir ça? POURQUOI APPRENDRE ça???? Tant que ça ne fait pas sens, pour n’importe quel apprentissage, ce sera la « galère ».

– Le gêne des maths n’existe pas. Tout le monde peut comprendre les mathématiques et développer son intelligence logico-mathématiques. Le problème? C’est que l’enseignement des mathématiques est beaucoup trop abstrait… il ne s’adresse qu’à une petite partie des intelligences humaines… aux personnes qui, justement, ont une intelligence logico-mathématiques. Pour les personnes (comme moi) qui ont d’autres types d’intelligence majoritaires, les cours traditionnels de mathématiques seront… du chinois. C’est au professionnel, normalement, de faire ce que l’on appelle de la différenciation: adapter son enseignement à chaque élève, en fonction de son type d’apprentissage. Faire chanter les tables de multiplication, réaliser une cup song, le rallye des additions, une fresque autour du théorème de Pythagore… bref, ADAPTER pour que plus aucun élève ne pense qu’il est « nul ». Le concept des intelligences multiples se démocratise, et j’espère que cela passera aussi dans l’enseignement des maths!

– L’apprentissage passe mieux lorsqu’il se manifeste de manière concrète. Et oui, le jeune enfant n’a pas encore développé toutes ses compétences d’abstraction. Et même en tant qu’adulte, avouons-le… l’apprentissage se fait quand même bien plus agréablement (et donc efficacement) quand la personne est active, manipule, joue, se pose des questions, bouge… que quand elle se contente d’absorber passivement un cours magistral. Je le vois tous les jours, en tant que formatrice… mettre le groupe en action, c’est s’assurer de l’engagement des stagiaires et de l’efficacité du cours. Alors, pourquoi serait-ce différent avec des enfants? C’est même encore PLUS IMPORTANT. Faire un cours sur les volumes en se contentant de les représenter sur du papier. Sans manipuler. Se représenter CONCRÈTEMENT ce qu’est un ellipsoïde, un cône, un cylindre…

Pour toutes ces raisons, la pédagogie Montessori aide l’enfant à intégrer des concepts mathématiques complexes, à un âge assez « précoce ». Non pas que l’on cherche à en faire des génies… mais tout simplement parce que le matériel a été pensé dans le sens de la différenciation, de la progression du simple au difficile, du concret à l’abstrait… le tout dans un environnement où chaque enfant peut travailler de manière autonome et individuelle, en fonction de ses intérêts et de son rythme individuel.

Un exemple: les perles de la multiplication

Pour clore cet article, je voulais vous donner un exemple concret, avec une matière que beaucoup ont détesté: les tables de multiplication. Bien souvent, à 8 ou 10 ans, beaucoup d’enfants ne connaissent pas encore leurs tables. Les profs s’arrachent les cheveux… et les parents avec. Une stagiaire m’a un jour raconté qu’après la formation qu’elle avait suivie avec moi, elle avait sorti les perles de la multiplication qu’on avait vues en cours. Sa fille de 9 ans avait alors, en un mois, retenu ses tables alors que cela faisait des années qu’elle galérait. De la magie? Que nenni!!!! Il n’y a rien de magique dans le matériel Montessori… juste de la LOGIQUE. Au lieu de faire apprendre ses tables par coeur, elle lui avait permis de les CONSTRUIRE.

Voici la procédure:

1) Chaque barrette correspond à un nombre (1, 2, 3…). Pour l’exercice, j’ai pris la barrette de 4. Nous allons donc faire la table de 4.
2) Nous sortons une barrette de 4, et disons: « 4 pris une fois, ça fait combien »? L’enfant compte, et arrive à 4. « 4 pris une fois, c’est 4 », et nous plaçons une barre de 4 en dessous, à la verticale.
3) Nous sortons deux barrettes de 4, et disons: « 4 pris deux fois, ça fait combien? Reprends là où tu t’étais arrêté ». L’enfant compte à partir de 4, et arrive à 8. « 4 pris deux fois, c’est 8 », et nous plaçons une barrette de 8 en dessous, à la verticale.
4) Nous sortons trois barrettes de 4, et disons: « 4 pris trois fois, ça fait combien? Reprends là où tu t’étais arrêté ». L’enfant compte à partir de 8, et arrive à 12. « 4 pris trois fois, c’est 12 », et nous plaçons une barrette de 10 et une de 2 en dessous, à la verticale.
5) Ainsi de suite jusqu’à 4 pris 10 fois.

Et voilà ce que cela donne en photos:

Au lieu d’apprendre par cœur, il CONSTRUIT ses tables.
C’est UN exemple parmi énormément de choses que l’enfant pourra expérimenter au travers de la pédagogie Montessori… Mais tout cela pour dire: personne n’est nul en maths, vous n’êtes pas nul en maths, votre enfant n’est pas nul en maths… cela vous a (lui a) simplement été mal enseigné… et il existe d’autres manières de faire!!!