Je vous propose de commencer le carnaval d’articles sur le thème « Repenser l’éducation » en commençant par les premières années de vie de l’enfant.

Comme beaucoup de parents, vous travaillez tous les deux, et Bébéchou doit fréquenter une crèche ou aller chez la nounou.

Ou alors vous êtes EJE, puéricultrice… et vous travaillez en crèche.

Saviez-vous que les pédagogies alternatives sont tout à fait applicables en crèche?

Que la collectivité n’est pas un frein à l’individualisation et au respect du rythme de chacun?

Qu’une crèche n’est pas seulement une « garderie »?

Lorsque j’ai rencontré Carole, psychologue de formation, elle en était encore au projet d’ouvrir sa micro-crèche.

Elle s’est formée avec moi pour Montessori et Reggio, et a fait former son équipe… car aujourd’hui, sa micro-crèche est ouverte!

Elle vit au quotidien avec une dizaine d’enfants et son établissement pratique les pédagogies alternatives (et surtout, la bienveillance!).

J’ai voulu vous partager son témoignage pour vous dire que OUI, vivre les pédagogies alternatives en milieu d’accueil c’est possible, et c’est même génial!

Mon objectif avec ce témoignage, et ces magnifiques photos!, c’est de vous aider à tenter la transition dans votre section… ou l’aménagement d’un Nido chez vous. 

Bientôt, je vous partagerai des témoignages d’enseignants qui ont vécu cette transition dans leurs classes, et de parents qui ont mis en place les pédagogies actives à la maison.

En attendant, voici Carole et sa crèche, La Nature de l’enfant, située à Koenigsmacker.

Si vous souhaitez suivre cet exemple pour repenser l’éducation, je vous donnerai quelques pistes en fin d’interview. 

Victoria: Présente-nous rapidement ta crèche: quel est ton projet pédagogique, tes valeurs?
Carole: Je pense que le nom de la crèche résume bien notre projet pédagogique et les valeurs qui le sous-tendent. La Nature de l’enfant est avant tout un clin d’œil à Maria Montessori. Et avec elle, toutes les pédagogies actives que je m’amuse à explorer pour nourrir encore et toujours l’environnement des enfants. Elles nous permettent de rester au plus près de leur fonctionnement naturel. C’est aussi mettre en avant l’importance de liens fort entre l’enfant et la Nature (l’air pur extérieur, les matières naturelles, etc.). Enfin et surtout c’est faire un jeu de mot sur la bonne nature de l’enfant car notre conviction première est que le l’enfant, et donc l’humain, est bon de nature, à l’inverse d’une image encore malheureusement fréquente des enfants à remettre sur le droit chemin.

Victoria: La bienveillance sur le terrain. Comment faire pour répondre au mieux aux besoins de chaque enfant en collectivité? Quels sont les outils utilisés et pourquoi?
Carole: La bienveillance se vit au quotidien avec les enfants, les parents et entre collègues. La base étant le respect de la vie intérieure de chacun pour que l’ambiance de la crèche soit avant tout heureuse. Avant même la moindre notion pédagogique, le moindre aménagement matériel, les moindres notions de communication non violente, un enfant s’épanouira en fonction de la qualité de l’atmosphère dans laquelle il évolue. Je crois que c’est le véritable fondement de notre approche. Le bonheur ! La joie d’être là, l’humour, la tendresse. Tout simplement!
Ensuite bien sûr, nous avons beaucoup travaillé et travaillerons toujours notre posture. Nous utilisions des outils permettant d’accompagner les tout-petits au plus près de leur besoin et de leur individualité.
Chez les bébés, cela passe par le maternage (portage, massage, répondre aux pleurs, signer avec eux etc.).
Chez les plus grands, ce qui nous semble le plus important est le droit d’exprimer ce qu’ils ressentent. Nous les invitons à le faire dans le respect des autres. Cela passe par un accompagnement quotidien du vécu de leurs émotions. Mettre des mots et des signes sur ce qu’ils ressentent, montrer l’exemple en verbalisant nos propres émotions, lire des livres, chanter des comptines et faire des jeux autour du thème des émotions. Pour redonner toute leur place dans la vie humaine à ces dernières. Sans résignation, déni, minimisation et faux semblant.
En accueillant sans jugement ce qu’il ressent car n’oublions pas qu’on ne choisit pas une émotion, on la vit. En cela et sur beaucoup de nos valeurs, ce sont les neurosciences qui nous éclairent et notamment la conscience de l’immaturité cérébrale des enfants. En ce qui concerne le respect de l’individualité de chacun, je dirais que c’est lié.
Si on materne les petits, si on les nourrit d’interactions riches et respectueuses, alors on les observe, on le rencontre pour de vrai et on les connaît. Chez les bébés, avec les conseils des parents, nous suivons donc leurs besoins physiologiques au plus près (heure de sieste, de repas, de change, etc.). Chez les plus grands, ce sont surtout leurs attraits, leurs sensibilités, leur personnalité qui sont respectés tels qu’ils sont.

Victoria: Vous pratiquez certaines pédagogies alternatives comme Montessori et Reggio. Comment se vivent ces pédagogies sur le terrain?  
Carole: En effet Montessori, Reggio et Pikler sont nos principales inspirations. Je me suis formée à la pédagogie Montessori ainsi que l’équipe, puis à l’approche Reggiane, pour pouvoir aménager une ambiance structurée correctement et avoir ensuite la liberté de créer une crèche qui nous soit propre.
En suivant nos propres observations des enfants, nos réflexions et aspirations. Nous étayons donc les propositions de ces grandes pédagogies pour proposer un environnement innovant. On retrouve l’alternativité de notre approche partout. Dans le matériel, l’aménagement et surtout dans notre manière de vivre avec les enfants. Ils évoluent en motricité libre totale depuis tout petit et tout au long de la journée.
En communauté enfantine, les enfants sont libres de choisir leurs activités et le temps qu’ils y consacrent. Tout est aménagé de sorte à ce qu’ils puissent être aussi autonomes que possible. Les toilettes sont ouvertes, les enfants peuvent mettre la table, aller se reposer, etc. par eux-mêmes.
Je donne toujours l’exemple de la peinture. Il s’agit d’un matériel que l’on retrouvera dans toutes les crèches. La différence se trouve dans notre philosophie. La peinture est en accès libre. Elle est prête à être utilisée puisque chaque matin nous préparons le chevalet avec des feuilles propres accrochées et de la peinture fraîche dans le bac. Nous veillons à ce que chacun respecte le cadre (mettre un tablier avant l’activité, se laver les mains après, etc.). Et c’est ainsi pour toutes les activités et tout le matériel proposés. Ils sont à disposition avec un cadre simple (notamment ranger et respecter le travail des camarades) et répéter en douceur sans jamais aucun cris, punition ou menace. Au quotidien, c’est un plaisir de préparer des plateaux de vie pratiques et des paniers de loose parts ou des provocations pour les enfants. Je crois que c’est ça aussi la joie de travailler avec ces pédagogies. Essayer de créer une jolie ambiance pour les enfants, qui les stimulera et leur permettra de se révéler. Cela vient réveiller notre propre créativité.

Victoria: Qu’observes-tu chez les enfants (évolution, comportement…)? 
Carole: Je suis très heureuse de voir au quotidien la sérénité qui règne à la crèche. Je pense que les enfants sont en confiance avec nous et ça se ressent. En même temps, lorsqu’un des bébés est malade ou fatigué, on le sait vite car il râle, pleure et c’est pour nous le signe qu’il se sent suffisamment en sécurité ici pour l’exprimer. J’observe également que les enfants sont départis du jugement de l’adulte sur leurs créations et les réalisent sans chercher notre aval ou notre avis. Enfin, pour reprendre l’exemple de la peinture, je suis également heureuse de voir que le cadre est posé. Cela a pris quelques mois. Désormais les enfants ont intégré les règles. Je suis fière de les voir prendre le tablier avant de peindre ou se laver les mains ensuite, sans que nous ayons à intervenir. Je les regarde et je me dis qu’on avait raison d’avoir confiance.

Victoria: Ces pédagogies demandent confiance et lâcher prise de la part de l’adulte. Comment gères-tu les demandes et éventuelles angoisses des parents? (Sortir par « mauvais temps », ne pas recevoir systématiquement de bricolages…)
Carole: La plupart des parents de la crèche ont choisi cette crèche pour notre approche alternative et bienveillante. Nous avons également été très clairs. Nous avons précisé dans le règlement et en entretien à chaque parent que les enfants sortiraient chaque jour et par tous les temps, que les bébés seraient en motricité libre, etc. Nous avons tenté d’amoindrir les contraintes qui pourraient être liées à nos spécificités. Nous avons par exemple un vestiaire spécial de vêtements qui restent à la crèche pour que les enfants puissent se salir dehors sans stress pour l’adulte. En ce qui concerne les productions, les parents se contentent de photos que nous exposons régulièrement et qui rendent compte de la richesse des explorations de leurs enfants. Enfin au niveau d’éventuelles craintes liées à la motricité libre, nous n’en avons ressenti aucune. Il faut quand même souligner que la sécurité prime sur tout autre chose en crèche et que tout a donc été aménager avec l’aval de la Pmi ce qui doit être rassurant pour les parents. C’était bien ça tout l’enjeu, préparer à l’enfant « un milieu où il puisse agir librement » (Maria Montessori).

Victoria: Quelques choses à ajouter ?
Carole: Je voudrais juste souligner le travail de mon équipe qui fait preuve de grandes qualités de douceur, de patience et de lâcher prise pour offrir à chaque enfant le meilleur d’elles-mêmes.  

Comment repenser l’éducation en crèche ou milieu d’accueil petite enfance? 

Comment accompagner les bébés et bambins? 

Pour vous inspirer du parcours de Carole, et que vous soyez parent ou professionnel de l’éducation, je vous propose de découvrir quelques formations en ligne essentielles: 

  • Montessori 0-3 ans, est une formation certifiante de 52 vidéos qui vous permet de comprendre les lois naturelles du développement du jeune enfant, d’appliquer la pensée montessorienne chez l’enfant dès sa naissance, de mettre en place du matériel chez vous ou dans votre section. 
  • Offrir aux enfants des racines et des ailes, est une formation sur le lien d’attachement. Comprendre les besoins de proximité d’un enfant, pourquoi il pleure plus lorsque c’est sa mère qui vient le chercher, de quoi il a besoin pour se sécuriser avec vous…
  • Développer sa posture bienveillante et facilitatrice d’apprentissages, est une formation sur les neurosciences affectives. Elle vous permettra de comprendre le développement cérébral de l’enfant de façon simple et abordable pour mieux se positionner par rapport à lui. 
  • Installer des Loose Parts chez soi ou dans sa classe, pour mettre en place l’approche Reggio dès la naissance. Elle contient tout un chapitre réservé aux 0-3 ans.