Pour clôturer (pour l’instant) ce carnaval sur le thème « Repenser l’éducation », je voulais faire un petit tour par l’IEF, c’est-à-dire l’instruction en famille.

Beaucoup de gens ne le savent pas encore, mais l’école n’est pas obligatoire!

L’instruction, elle, l’est.

Et même si aujourd’hui une large majorité d’enfants vont à l’école, il existe des familles, de plus en plus nombreuses, qui ont choisi une autre voie.

Je rencontre beaucoup de mamans qui s’investissent à fond pour l’instruction en famille de leurs enfants.

Parmi ces femmes, il y a Sarah.

Maman de trois enfants et institutrice, elle s’est formée avec moi à la pédagogie Montessori durant 1 an. 

J’ai souhaité vous proposer de la rencontrer, car sa pratique est bien loin de l’IEF instagrammable et lisse que l’on peut voir parfois. 

L’IEF, c’est une aventure. Pas toujours simple à bien des égards. 

Voici donc Sarah, maman IEF. 

 

Victoria: Bonjour Sarah, Tu es institutrice, maman… et tu pratique l’IEF, l’instruction en famille, avec tes enfants. Comment et pourquoi en es-tu venue à l’IEF ?
Sarah: J’ai toujours été passionnée par l’enseignement ; quand je travaillais comme enseignante, je voulais le meilleur pour mes élèves mais malheureusement, je m’épuisais souvent en vain. Le système actuel est tellement loin des besoins des enfants qu’avec toute la meilleure volonté du monde, je n’arrivais pas à obtenir le meilleur de chacun. Sans parler des violences verbales venant de certains enseignants un peu trop rigides et, bien sûr, toujours cette compétitivité entres les élèves qui les amenait parfois à avoir un comportement agressif entre eux. Quand ma première fille est née, j’ai de suite décidé qu’elle n’irait pas à l’école afin qu’elle ait toutes les chances de son côté de pouvoir tirer le meilleur d’elle-même de façon épanouie et sans devoir être dans la comparaison. Ce qui m’a encore plus poussée à faire ce choix, c’est qu’après une journée en classe, j’allais chercher ma fille à la crèche alors que j’avais donné toute ma patience et mon énergie à mes élèves et qu’il ne me restait que quelques heures à partager avec ma fille avant le coucher! C’est ainsi qu’avec mon mari nous avons décidé de ne pas scolariser nos enfants.

Victoria: Tu pratiques un IEF tourné vers les « pédagogies alternatives » : Montessori, Reggio… Comment s’est construit ce choix ?
Il y a des années, quand je préparais mes leçons je tombais souvent sur des méthodes alternatives ou des méthodes plus classiques. Quand je testais ces façons de faire différentes, je constatais toujours que les élèves étaient friands et demandeurs de ces méthodes, mais surtout que les compétences étaient acquises bien plus facilement. Aujourd’hui, j’ai pu approfondir mes connaissances et je ne voudrais pour rien au monde retourner en arrière. Plus on en sait, plus on a envie d’en savoir davantage! Les pédagogies alternatives sont pour moi une évidence et la clé pour des apprentissages ludiques et adaptés au rythme de l’enfant.

Victoria: Comment construis-tu l’instruction de tes enfants ?
Sarah: J’ai trois enfants, ma grande fille a 10 ans, mon fils a 7,5 ans et ma dernière a 5 ans. Les deux grands sont soumis au contrôle de l’instruction obligatoire, je n’ai donc pas d’autre choix que de suivre (de loin) le programme officiel. Nous établissons ensemble un planning (souple et qui peut être adapté au fil de la semaine). Nous procédons souvent de la même façon pour les mathématiques et le français :
– étape 1 j’entre dans la matière avec le Matériel Montessori,
– étape 2 ils manipulent le temps qu’il faut
– étape 3 nous terminons par une trace écrite dans un manuel.
A l’école, les étapes une et deux sont souvent bâclées alors qu’elles sont primordiales ! Il est évident que cette façon de faire me prend plus de temps mais une fois que l’enfant passe à la trace écrite, c’est qu’il maîtrise complètement la matière. De plus, l’enfant n’est pas confronté à des erreurs sur toute la page, ce qui lui permet de garder confiance en lui.
Pour ce qui est de la découverte du monde (histoire, géographie et sciences), nous varions autant que possible selon leurs multiples intérêts.
Quant à ma dernière de 5 ans, je la laisse papillonner librement dans notre petite ambiance tout en gardant un œil à l’affût sur ses intérêts et des prochaines présentations qui pourraient lui plaire.

Victoria: Qu’est-ce qui est vraiment important pour toi dans ce choix de vie ?
Sarah: Le plaisir d’être ensemble! Je ne rate pas une miette de leurs évolutions. Nous partageons des moments vraiment enrichissants! Mes enfants grandissent et à présent, il est important que ce choix soit aussi le leur. A chaque rentrée, je leur demande ce qu’ils souhaitent faire. Pour l’instant, l’IEF l’a toujours emporté mais ça peut changer donc je profite de ces instants de bonheur et de ce sentiment de liberté!

Victoria: Comment sont rythmées tes journées avec tes enfants ?
Sarah: Il y a autant de façons de faire que de familles ief. De notre côté, j’ai essayé la méthode relax, sans horaire préétabli mais cette façon de faire ne nous convient pas. Je me sentais souvent dépassée. Donc, nous mettons en place quelques règles pour obtenir un équilibre entre organisation et respect des rythmes de chacun. Règle importante, je ne réveille pas les enfants le matin. Ils font leurs pauses comme ils veulent et si ils ont besoin de prendre l’air, je suis ok. Au delà des apprentissages classiques, nous cuisinons, nous bricolons, nous jardinons, nous jouons mais SURTOUT, nous sortons !!! C’est vraiment important pour nous de sortir et découvrir le monde ! Nous avons la chance de fréquenter d’autres familles ief avec lesquelles nous partageons de très bons moments. Ainsi, en formant un groupe, nous pouvons régulièrement faire des visites guidées, aller voir des pièces de théâtre, participer à des ateliers ou des animations, faire des balades nature etc. Chacun apporte son savoir et le partage est très riche! Toutes ces sorties sont pour nous indispensables! Tant sur le plan social que sur le plan culturel! Le tout est de trouver encore du temps pour travailler un peu! 😉

Victoria: Quels sont tes challenges personnels ?
Sarah: Mon premier gros challenge est de faire « tourner » la maison, c’est un point très important dans une vie en ief! Nous vivons 24h/24h et 7j/7j dans une maison qui grouille de vie! Nous formons une équipe et chacun apporte son aide afin que notre maison ne soit pas sans dessus dessous tout le temps. De mon point de vue, entre l’ief, les activités extra-scolaires, les nombreuses sorties ief, mes formations, mes projets et la maison, j’ai l’impression d’avoir un travail à temps plein et un agenda de ministre… mais avec une bonne organisation, c’est tout à fait possible! Mon mari prend le relais officiellement deux fois semaine pour que je puisse prendre du temps pour moi et faire du sport mais il est aussi là quand j’ai besoin d’un coup de main les autres jours. C’est ce que je disais plus haut, l’ief c’est former une équipe.

Victoria: Si tu avais quelque chose à dire à des parents qui veulent se lancer dans l’aventure, ce serait quoi ?
Sarah: C’est un choix qui doit être mûrement réfléchi. L’ief ne convient pas forcément à toutes les familles. Si les deux parents et les enfants sont en accord avec ce choix, qu’ils se lancent! En quittant mon emploi, j’avais beaucoup de peur et d’appréhension. Serais-je à la hauteur? La femme active que je suis va-t-elle supporter de rester à la maison? Vais-je assumer le statut de «mère au foyer» ? (je précise qu’une mère au foyer qui pratique l’ief fait bien plus qu’un 40h/semaine) Avec un seul salaire, allons-nous y arriver ? Et finalement, toutes ces questions que je me posais se sont vites envolées une fois que j’ai goûté au bonheur de la liberté! Au bonheur de passer des moments riches avec mes enfants sans me soucier du reste! Ce choix si différent et pas facile à assumer au départ a fini par être validé par tous les membres de nos familles. Nous n’avons pas eu besoin de les convaincre, ils ont simplement constaté que nos enfants étaient heureux et épanouis!

Vous pratiquez l’IEF ou vous souhaitez vous lancer?

Si vous aussi vous souhaitez révolutionner votre pratique en tant que parents pratiquant l’IEF, je vous conseille les formations suivantes:

  • Développer sa posture bienveillante et facilitatrice d’apprentissages, est une formation sur les neurosciences affectives. Elle vous permettra de comprendre le développement cérébral de l’enfant de façon simple et abordable pour mieux se positionner par rapport à lui. Cela vous aidera à comprendre les mécanismes d’apprentissages en général, et ceux de la lecture en particulier.
  • Installer des Loose Parts chez soi ou dans sa classe, pour créer des univers incroyables, mettre des livres en avant, donner envie de lire, développer les facultés de story-telling de l’enfant.
  • Montessori 3-6, en ligne ou en présentiel, pour mettre en place une pédagogie adaptée à l’enfant, à son développement et à ses besoins.
  • Montessori sans se ruiner, pour mettre en place des activités inspirées de la pédagogie Montessori et vivre l’approche montessorienne au quotidien… sans vendre un rein.